Aube

Il n’y avait plus d’ombre,
L’aube d’une marche.
L’hiver en silence.

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Peinture de Do Duy Tuan

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Forêt

Photographie de l’auteure

La forêt se réfugie
Dans les bras de l’arbre
De jade, mon envolée,
Le soleil se pose.

Trois qui s’élancent,
Sur la mousse,
Quelques esprits cachés,
Verdoyante joyeuseté.

L’hiver se réfugie,
Dans les bras de notre forêt,
Quelques pas,
Le sol a craquelé.

D’amour

Ils étaient deux dans le ciel,
S’enlaçaient tels des amants,
Je les suivais comme étourdie,
Ils étaient mon euphorie.

Ils étaient deux dans le vent,
Tournoyants indéfiniment,
Je riais de leur bras au firmament,
Ils étaient de grâce et d’étonnement.

J’étendis sur la plaine,
Des pas blanchis par leur trace,
Je leur confiais un mot ou deux,
Ils étaient d’amour amoureux.

La ville

La ville survolée,
Ivre du vol d’un oiseau,
Ose à peine respirer,
Brassée de froid.

La splendeur d’autrefois,
Lumière d’un souvenir,
Nos mots se voient,
Combien de tuiles sur un toit ?

La rivière a ses rondeurs,
Doux cercles qui clapotent.
J’aimerais être leur voyage,
Oraison invitatoire.

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Estampe de Tsuchiya Koitsu (1870-1949)

Fenêtre hivernale

Le crépuscule avance,
Tremble lentement,
Le froid pénétrant,
La nature s’éveille.

L’expiration est un terme,
Savamment engourdissant,
Puis les mots s’attendent,
Le cœur en silence.

Quel est ce soupir ?
La fenêtre seule,
Sur les toits s’élance,
Un effet pensif à la chaude haleine.

Près de la rivière

Photo prise par l’auteure, ce jour du 04/01/2021

La neige appelle nos pas dans la vallée solitaire, alors que les montagnes ont complètement disparu derrière le voile blanc tandis que quelques corbeaux traversent, comme pour submerger notre silence, un ciel immaculé. Je vous reconnais, Ô corbeaux ! leur lancé-je. Voici que nous parlons, tout en marchant, dialogue amusé, qui fait ricochet dans la solitude, puis s’élance dans la neige qui volette, légère et insouciante. Les oiseaux dans les buissons m’alertent par de tendres pépiements, comme voulant me signaler leur délicate présence. Ils me disent : tu n’es pas seule. Je leur fais ma révérence. Vous êtes des êtres complices et secrets, leur dis-je. La neige enveloppe le paysage et mes pas résonnent en un écho sourd avec les battements du cœur. Combien de ces dialogues tissés en pleine campagne où je parle à voix haute sans être gênée par personne ? Par qui, d’ailleurs, pourrait-on être gêné ? C’est à ce moment que toute l’intensité de l’existence nous interpelle. Nous déversons sur la blancheur nos questions et celle-ci les absorbe simplement. Nous lui confions, à elle et à tout l’univers, notre interrogation et soudain, la neige nous répond : vis-moi ! Vis donc ma lumière et laisse-toi envahir par elle ! A l’instant même, j’éprouve la plus grande, la plus extraordinaire des paix, une paix incommensurable, une certitude indélébile. Eternité.

A pleins poumons

Peinture de Anka Zhuravleva

J’ai marché de travers sur un trottoir, penchée sur les effets miroitant de la pluie, l’humeur joyeuse, éclaboussant l’ordre par trop rectiligne et il m’a fallu de longues années pour ne jamais me défaire de l’air taquin qui flotte dans l’air. Que voulez-vous, C’est ainsi. Je ne cache pas ma joie, même au milieu d’un magasin et quand je vois les gens mornes déambuler avec leur masque, il me faut briser leur muselière. D’avoir été si sombres, les hommes ne rient plus. Ils ne dansent plus et jouent à être des adultes mortifères. Quand ils se prennent d’euphorie, il leur faut quelque verres de whisky. Je n’y ai jamais cru. Je dis bravo à la vieille dame qui a oublié son masque et nous sourions toutes les deux, complices. Un homme, qui avait baissé son masque blanc, lance, dans le train, à un contrôleur, qui le rappelait aux règles sanitaires : respirez à ma place si vous le pouvez ! Oui, respirez, respirez fort le bon air de l’hiver et ressentez les gouttes de rosées vous caresser le visage. Vive le ciel, et vive le bon air à pleins poumons ! Que voulez-vous, il s’agit de ma folie et sans whisky, je vous prie !

Veuillez considérer cela comme le plus extravagant des interludes qui se puisse être.

Intense silence

Estampe de C.Chevalier

Tout disparaît selon les temps,
L’étonnement le plus pur.
Telle est la beauté du tourment,
Mais le fleuve est d’une autre nature.

Quand vient le souffle gisant,
Les étourneaux soliloquent,
Tandis que le merle chante,
Brisure de neige.

J’aime l’hiver,
Dont l’intense silence,
Pose délicat sur la plaine,
Un murmure : est-ce celui d’un ange ?