Monde crépusculaire

Doux ruisselet, épanché de grâce, discret le long de la rive, barbotant tel un canard sauvage ! Le lilas refleurit aux senteurs d’une main qui s’y pose, et vois-tu, la révérence du jour pointe sans demande, sans imprécation, sans violence, s’écoulant comme un matin nouveau, sur le mur ancien et, la branche salue le passant. Dans le pays de l’âme, il y a une lumière qui ne dit pas ses mots : elle tremble au soir d’un monde qui s’étrangle, les nœuds d’une image infernale. Au centre, la lumière bâille et la porte s’ouvre sans bruit. L’on y aperçoit une nymphe et puis une créature que l’œil ne sait encore nommer. Des eaux lustrales, l’elfe asperge de rosée les premières lueurs de l’aube. Un bourdon enhardi vole et le papillon le suit transi d’Amour, effeuillé par le vent léger tandis que l’âme conçoit un soupir, puis un autre et le corps s’éveille et les bras chantent. Une multitude de feuilles s’échappent telles des mains éparpillées aux quatre coins du monde. Le chêne lance des glands au loin, comme le semeur d’étoiles. La roche devient l’appui des lutins mutins. Le clapotis les occultes derrière une senteur de mousse. L’on voit s’élever des poussières dorées et des noms de joie se transforment en éventail : Eléonore ! Madrigal ! Partition ! Odorée ! Saint Graal ! Donjon ! Pierre tombale. Epopée ! Chevalier ! Le ruisselet en est tout ébaubi. Paladin, destrier ! Le Gué ! C’est là que s’endort Arianne. Où nous conduit son monde enchanté ? Au pied d’une muraille, le labyrinthe et les bottes de sept lieux. L’on vient à peine de s’éveiller.

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Douceur d’un ami

La douceur d’un ami, exceptionnelle douceur, réunit toutes celles qui sont en nous, puis au-delà, cette douceur devient la manifestation du muet étonnement, langage universel de l’âme. Nous sommes ce monde que nous percevons à travers une seule palpitation, celle qui nous donne à l’union. Ardemment, durant mon enfance, j’en avais le pressentiment. J’épousais ciel et terre, mais la terre et le ciel m’épousaient aussi. Il n’y avait aucune sorte de séparation, aucune. Certes, il fallait courir rejoindre un drôle de monde, franchir le portail de l’école, s’assoir avec les autres enfants, écouter l’instituteur ou l’institutrice. Enfant, il me fallut déployer de grands efforts pour ne pas m’échapper par la fenêtre et voler vers les nuages. Il me fallut résister une multitude de fois, face à la puissante attraction d’un autre monde, celui qui jouait avec mes sens. Paradoxes se chevauchant, j’aimais beaucoup apprendre et me concentrer sur le tableau noir, les traces d’éponge se mêlant à la craie. Je regardais l’adulte qui se tenait debout, face à nous et l’écoutais presque religieusement. Mais, je retrouvais l’ami, surtout au milieu de la nature. Il dilatait mon âme et je me sentais littéralement disparaître dans ces sensations étranges, me fondre avec quelque chose que je ne nommais pas. Il n’y a quasiment pas de violence en nous, ni de sentiments de révolte, ni de désirs de conquête. Tout est là. Tout est extraordinairement là.

Cygne

Un cygne d’une blancheur immaculée glissa sur l’eau solitaire. Le lac s’émut de la légèreté grâcieuse du bel oiseau, étendit, soudain, depuis ses profondeurs, deux immenses ailes fluviales et saisit le mouvement translucide du cygne pour le mener, avec délicatesse, jusqu’au ciel. Celui-ci demeura imperturbable. Le lac versa, au miroir de son âme, une larme d’une douceur inégalable. Tous deux s’unissaient en silence.

Pétales sur la rosée

Insensibilité du geste,
Injuste cruauté,
Mais les pétales sur la rosée,
Ne se sont point rebellées.

J’ai levé la main,
Pour m’éprendre du matin,
Il a chanté,
La grâce.

Le sourire nous engage,
Le cœur est humain,
L’amour sans relâche,
Le souffle enivré.

Pétale

Durablement éploré, léger, tel un velours consacré,
L’encre carmin des sous-bois, au pâturage sensible,
Assiégé des fragrances irisées et de toute beauté,
L’aile rubis d’un pétale ostensible,
Aux nervures d’un cycle que l’on a tant désiré,
Tel est le propos que soulève le vent incompressible,
Tout le long du jour, alors que le carmin enfiévré,
S’épanche de cambrure fragile et miscible,
Par les échancrures d’un voleté insaturé ;
Le poète erre sans feindre le mot submersible,
D’au loin, un coquelicot sur ma table, s’est posé.

Plaine enchantée

La lumière ne s’éteint jamais au cœur même de l’oubli. Longtemps, très longtemps, je souris à la beauté ineffable, qui en l’harmonie murie, aplanit les rugosités d’un espace, celui qui n’a jamais existé, excepté dans le rêve révélé et improbable d’un homme endormi. Douceur inextinguible des glissements de la pluie sur la vitre étoilée de ton cœur. Ciselée à l’aune d’une plaine enchantée, les nuages écartent les voiles de ton infinité.