Nord

.

Des gerbes de nuits insensées,
La lune s’y accroche,
Les étoiles, nos lacs bleutés.

A bras-le-corps, le voile du Nord, les vents de l’espace ; comment ? Ma joie de tisser avec Toi un instant et qu’éclate donc l’orage !

____

Peinture de Edward Burne-Jones

Publicité

L’étoile

Si j’avais été une étoile,
Sans doute serais-je née, il y a fort longtemps,
Et pour descendre tel un soleil,
Je me serais parée de nos cheveux d’argents.
Si j’avais été une brillante étoile,
J’aurais animé de nos remous le ciel,
Fusionnée dans le vaste gouffre de mes affres,
Evanouie dans son intense regard,
Eteinte dans l’océan de mon chaos,
Dissoute dans l’extinction de notre union,
Puis, tremblante des vains mots.
Si j’avais seulement été son étoile,
Au coucher des deux pôles,
J’aurais mis en ébullition l’espace,
Vêtue de mes haillons,
Affranchi lacs et montagnes,
Cime de mes nuits sublunaires,
Les sables de mes cristaux de larmes,
Mes appels dans l’ombre crépusculaire,
Ondes d’une singulière mise à terre,
Indifférent joug de notre resplendissance,
Trépassant encore sous ses pas,
Transpirant de mille et un éclats,
Des lumières d’une aurore clémente,
Pleurant l’anneau de notre mariage,
Froid boréal d’un étonnant voyage,
Jusqu’au grand Nord, l’éternel Amour,
Jusqu’aux blancheurs de nos jours.

Etoile 明星

Le soleil, une braise dans la main,
Ses rayons surgissent d’un autre soleil,
Le merle chante,
Voix du matin.

Trente six mille dans le ciel,
Le dragon cherche ces étoiles,
Drapées d’infini,
Lune qui danse.

La montagne veille.
Pour un solstice,
Où va ton cœur ?
Cherche-t-il l’étoile ?

L’amour

Les nuages ont englouti les pensées qui passent et je vais sans attache, pieds nus dans les herbes du cœur défriché, perdue dans le vent frais des hauteurs et il peut bien souffler, je me laisse emporter, vaincue par sa force, sauvage dans la fougue de ses bras. Il me reste mon corps pour vivre et il me reste mon âme pour mourir, quand dans un murmure, je verrai s’en aller le ciel de mon présent. Mon regard sera perdu dans le plafond d’étoiles sans mesure, au milieu des astres et je me laisserai guider par le souffle du chant singulier, le chant de mon présent amour. Comme j’ai marché, il me prendra et nous nous sauverons ensemble sans rien retenir, effacés par l’intensité indéfectible. Comme je l’ai toujours entendu, il me prendra et je le verrai comme l’ayant toujours vu, puisque le feu ne brise pas l’amour et l’attise jusqu’à l’imperceptible possibilité. Comme j’ai soupiré, il m’accueillera et nous boirons les doux lacs de notre souvenir. L’amour a veillé et l’amour a fait de notre rencontre le jaillissement d’un monde. Il a suspendu l’instant de mon regard et je vis, le renouvelant de sa réalité comme l’instant de ma mort qui jette un pont sur l’immensité.

Correspondances XIV

Cher,

Comme il a fallu des années lumières pour que nos âmes se rejoignent, et comme il a fallu conjurer toutes nos blessures, nos sanglots bouillonnants, nos revendications et même nos cris, pour que nos corps se lissent et fusionnent dans les rayonnements d’un cosmos dont les étoiles sont la réverbération de notre réalité, au grand chapeau d’une couronne nimbée de notre aspiration ! Le ciel est l’univers de notre expérience jumelée de beauté. Quand l’amour disloque, il unifie aussi. Cher, très cher à mon cœur, vous savez comme la réalité du couple est une aube sans cesse renouvelée, démantelée le soir, régénérée au matin. L’amour est une brûlure alchimique qui semblable à l’océan disloque et s’écrase sur le sable de nos prétentions. Mais, Ô miracle, chaque grain est le récit de l’usure et du polissage de nos frustes natures. Des éléments qui nous constituent, s’unir aux lèvres incandescentes de notre lumière est en vérité une épopée que l’on décrit dans maintes légendes. Notre chemin est trempé dans l’effervescence de l’abandon. Or, se reposer, c’est avoir atteint l’axe de notre ascension. Dans les mots pleuvent nos éclaboussures, nos veines devenues les multiples rebellions de nos sentiers égarés, jusqu’à ce que soudain nous soyons saisis par la beauté naturelle de la vérité, l’unique, celle que l’on partage avec tous. Je sais, parfois mes lettres vous semblent quelque peu absconses, mais, je sais aussi que dans votre primitive violence, dans le boisement musqué de votre douceur, vous êtes vous-même le tempétueux et pacifique océan de votre âme, de notre âme.

Je vous aime,

Votre B.

Correspondances III

Cher,

Nous n’ajoutons rien, nous n’enlevons rien. Nous ne pouvons désirer changer les choses qui ne changent pas. Pourtant, vais-je mettre un corps à tout ceci, un décor ? Vais-je flanquer mes mains nues, agrippées à je ne sais quoi, vais-je les lancer tout contre la montagne, là, où je vous ai rencontré, naissance de notre intimité ? Vais-je faire le récit de la quotidienneté ? Vais-je donner une mesure à ce qui est, à ce qui n’est pas ? Je contemplais en silence les étoiles en cette nuit d’octobre et je vous entendis arriver, comme la douceur la plus attendue, la plus insolite, la plus inattendue aussi. Les mots dansaient par millier dans ce ciel tiédi encore par les derniers soupirs de l’été. J’étais en cette inspirante solitude, celle que l’on chérit à bras-le-corps dans la chaleur d’un vieux châle, un châle bien usé. A votre apparition, j’éprouvai comme une étendue d’étoiles au firmament, j’éprouvai le soleil vivant d’une matinée boréale. Malgré tout, je pris le soin, le soin très minutieux de fermer la porte, doucement, de la refermer sans m’y attarder, sans crainte, sans la moindre émotion, sans la moindre hésitation, sans le moindre débordement aussi. Les étoiles dansaient et cela me suffisait.

Bien à vous

B.

Essence de joie

Ce que nous laissons aux mots se dire est l’essence de joie, et même les plus sordides lieux ont donné à la beauté de parler. L’encrier de la vie s’étonne et charme le vent qui moissonne. Les étoiles boivent en ton cœur et pleurent de voir comme la lune encore se baigne au centre de ton émoi.

Feuilles aurifères

S’il n’était ce simple pas, sur lequel mon corps entier repose, et s’il n’était la brise légère aux tréfonds de la terre, s’il n’était le boisement des feuilles aurifères, au murmure des senteurs ancestrales, aurais-je souri à l’étoile ?