Temps

Tu n’étais pas encore,
Mais qui donc te révéla ?
Le temps se plia puis se concentra.
Ne t’ai-je pas dis que cet abîme,
Oui, cet abîme est source de joie ?

Quand il n’était ni lieu, ni espace,
J’accourrai déjà jusqu’à l’unique instant,
Et jouais avec le Temps.
Qui donc s’en souvient encore ?
Chaque grain,
Chaque eau,
Chaque air,
Chaque lumière,
Chaque feu,
Me tinrent en leur secret,
Et je m’évanouissais.
L’instant était en eux et j’étais en leur instant.

Ô mes bien-aimés amis, comme vous me rappelez notre rencontre !
Comme vous me révélez le tout-commencement !
Comme vous êtes ce regard qui n’est pas de ce Temps.

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Éternité

Œuvre de Louis Janmot

Le soleil baigne à la pointe du jour et l’homme fait quelques pas. Au loin, furtifs, les craquements de l’aurore, bleutée de pourpre et d’argenté, étreint, du souffle léger, le corps du Poète. Il se voudrait s’emparer de l’instant, mais, le cœur serré, la beauté le transperce sans guère l’épargner. Dans la blanche solitude écartelée, il lève un regard vers l’éternité. Sais-tu que les mots sont arrivés avec le parfum de toute chose déjà éclose ? Le poème vient du cœur, la rose entrouverte, l’effusion tremblante d’une roseraie. La vie possède sa victoire, et le monde périt sous le regard des absents. Vous me dites que la vie est l’Amour et que l’Amour est une lente progression vers la mort. Puis, vous me dites que la mort encore est l’accueil inévitable de l’Amour. Vous me dites aussi qu’un simple plissement du cœur est une porte ouverte vers l’éternité. Je vous tiens la main depuis tout ce temps, depuis cette même éternité, le saviez-vous, et je chante ces mots que vous trouvez avec la frénésie des vainqueurs. Vous pleurez chaque mot qui sont tels de suaves embrasements et vous me voyiez esquisser, à la pointe de mes mains, chacune de vos palpitations. Vous posez la tête sur l’épaule invisible de la grâce. Parfois, vous courez vers moi et je vous enlace. Nous nous tenons serrés l’un contre l’autre et nous respirons nos êtres avec l’intensité des gens libérés des affres et des soubresauts du siècle des ténèbres.

Méditation

Il se peut que tout disparaisse et qu’importe alors, quand tout est apparu ? L’on pourrait s’attarder sur ce que laisse présager l’atemporel, respirer jusqu’à l’infinitude, l’humus et l’éthéré, quand de l’instant, jaillit le vivace, le jour où tout commence, sans que rien ne soit à l’altérer. Quelle est donc l’étrangeté d’aimer, d’être ainsi conquise, la vie étant cette prégnance, la juste cessation de toute activité ? Certes, au lac limpide, le miroir a parlé. Je m’arrête, incisive mais courbée devant les formes rondes, levant la coupe d’un cœur aimanté. Parsemer le sol de mon hébétude, puis, tournoyer sans pouvoir l’éluder. Je peux mourir donc, les yeux ouverts au voyage, tandis que quelque chose est passée, en cette force vive, devenue pleine et intense intimité. Je t’ai tenu, sans te tenir, mais comme j’aime l’Amour qui m’a fait ainsi T’aimer. Je chante à-tue-tête ; c’est une cruciale et bien réelle crucialité et depuis la naissance, c’est ainsi que la vie s’est donnée. Souffrance, douleur, que sont-ce ces éléments ? Il se passe ce que la mort nous apprend : aimer, c’est encore aimer.

Sur les ailes blanches

Peinture de Frederic Leighton

Sur les ailes blanches de mon Aimé,
Le ciel s’est effacé,
Tout comme l’hirondelle,
Sur la pointe écumeuse d’un océan,
Vague suave d’un aimant,
Et au bruissement que fit une ombelle,
Je renouvelais mon serment ;
L’ombre s’éclaira au firmament,
Et le temps d’un souffle,
Je fus certes conquise,
Evanouie à chaque instant.
Vision féconde est exquise,
C’est ainsi que cognent, à la porte de l’inconnu,
Les élans d’un puissant rayonnement,
Les geste, Oh combien souples,
Mêlant vaillance au sein d’un tourbillon.
Lors que le jour devient un verbe éloquent,
Je bois sans fin au soleil d’une Vestale ;
C’est ainsi que resplendit la douce brise,
Dans les tréfonds des pulsions d’un cristal.
Comprenne qui pourra,
J’aime d’être partie sans revenir,
Et bien que je marche seule, étrange ?
Contemplant chaque interstice,
Si je reviens, c’est bien d’avoir suivi un ange.
L’infime côtoie le grand,
Et comment voir, Oh comment voir ?
Par le trouble d’un éloquent zénith,
Alors que trône irrévocable,
Le seul sacrifice.
Ne rien prendre de ce monde,
Goûter à peine à l’offrande,
Vivre, puis, ce pont franchir,
Pour que demeure le cœur en laitance,
Jaillissant, Ô Volans !
Tandis que de l’âme, un océan est à surgir.
C’est dans le regard franc d’une biche,
Que commence son périple,
Et du voyage, elle connut Atlantide ;
Depuis les yeux de Neptune et Jupiter,
Le ciel devenait une danse,
Quel est donc ce Mystère,
Une folle arche sertie de semences ?
Quand son âme éveillée les écoutes,
Elle tremble de quitter ces blancs chevaliers.
C’est ainsi qu’une main bienveillante,
La tient sans jamais défaillir :
Au loin, veille Pluton.
L’accueil, certes, d’une autre rive,
Voici que s’épanchent les constellations,
Et d’une oraison à l’autre,
Je vis la Dame s’élever puis revenir,
Pérégrination qui dura une seconde,
Alors qu’elle lui sembla éternelle,
C’est là que s’accomplit la merveille,
Entrebâillement d’un autre monde,
Dans les entrelacs d’un battant.