Le train

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La nouvelle se voulait nouvelle. Elle n’avait pas d’autre but que d’être l’agent libre qui allait converser sous une forme condensée. Elle se soupesait avec une mesure inexpliquée. Il s’agissait de trouver l’élément fondateur, sans pour autant tout divulguer. Elle savait qu’elle allait puiser dans les profondeurs incalculées d’une nouveauté. Poignante et resserrée, la nouvelle était à s’introspecter. Où trouver l’inspiration ? Où puiser l’encre sauvage et la dompter ? Où bâtir sa constance et où fonder son intransigeance ? Le narrateur pouvait être aussi bien une femme, un homme ou même une horloge – d’ailleurs, celle-ci s’est tue depuis ton départ. Le secret d’une élocution dépend de l’auteur et de son inspiration. Mais, il avait décidé de ne point devancer la nouvelle. Il la voulait totalement libre de son propre jugement, de son passé et même de son présent. Entre temps, il était à siroter un peu de café et respirait l’arôme d’un pur enchantement.

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Insondable

Le temps du regard, est-il le temps réel ? Le temps du cœur est-il le temps du cœur ? Le temps du frémissement, quand l’insondable sonde l’instant.

Alors par le souffle, dans l’imperceptible silence, sur les ailes même d’une mouche, le temps s’occulte. L’esprit effleure très loin jusqu’au roc, les plus incroyables et intouchées pensées.

Je t’ai rejoins, Ô regard et tout contre moi, enlacée à ta vague, je me suis surprise écorchée au vif de ton matin.

Sur la branche s’enchevêtrent les résonnances, pépiement des oiseaux, indifférents à ce qui passe, tout entier dans la surprise, et l’éclot d’un chant mélodieux.

Je compris que mon ne voulait absolument rien dire, ni ma, ni ton, ni je, ni moi. Je sus que la volonté était un masque pour les peureux. Il tremble de peur celui qui ne voyage nulle part et la voile claque au vent entre les lignes. La peur. Je ne sais pas pourquoi les gens ont peur et sans cesse s’abîment à dire ce qu’ils ne sont pas. La peur amène à la jalousie, à l’envie, à la méchanceté, à la violence, au dénigrement, à la rivalité. Pourquoi avoir peur de ce que je n’est pas ?

J’entends certains dire : c’est à moi, c’est à moi…Moi, moi, moi…

En attendant, ces gens manquent la rencontre.

L’apogée 頂點* (Dǐngdiǎn)

Ce lieu
Qui mûrit
Est-ce fuite
Éperdue
Du sentier
Que l’on perd
Mais guère perdu
Qui fait des rondes
Que côtoient les amplitudes

Du souffle
Auquel succombe
Tout notre savoir
Et c’est dans cette tombe
Que nos cœurs
Atteignent l’apogée
De chaque ultime
Puisque nous marchons
Dans le temps qui n’est plus
Et l’espace est exigu
Quand autre chose nous appelle
Et l’espace a disparu
Dans la beauté de ta prunelle

Et nous marchons
Sans rien perdre
Puisque le jour
N’est plus aucune nuit
Et les ombres
Flottent dans la voix
Et gagnent les étoiles
Et le monde naît une seconde
De s’envoler vers toi
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*traduction littérale : sommet de la tête, voûte qui désigne l’ultime, l’apogée.

L’année du corps

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Quand il vint à passer, ce souffle insonore, et que l’étanchéité des bruits fut résolue dans la simplicité des moments qui requièrent beaucoup de temps et beaucoup d’espaces en l’alternance équitable des lieux et des temps, quand le nomade installe son bivouac, et que le citadin offre son grain, l’on voit que quelques semences dans le jardin éclosent. Sont-ce les parfums d’une juste mesure ? Quand les saisons nous parlent, nous comprenons la nécessité d’être de la nature en sa parfaite régularité et son successif équilibre. Alors, l’homme gravite sans effort par-delà les opacités, et brise en lui-même la dureté d’une roche, soulève le manteau du sacrifice et accueille les profondeurs de ses possibilités. Il ne s’arrête en aucune cité, ni n’élude le nomadisme. Il va sur la route et scrute l’étoile. Tel est le corps qui parle.

Béatrice, le 06 janvier 2020

Correspondances VI

Cher,

Je relis notre correspondance, comme la pure essence de notre élan. Suis-je à nous visiter, à tout actualiser comme vous m’en fîtes la remarque dernièrement ? Que vous ai-je donc répondu alors ? Il me semble que je revisite effectivement le jardin présent. Certes, parfois, nous avons cette tendance à penser que tout nous est acquis, que, la chose entendue, nous n’avons plus rien à entretenir. Or, le jardin est précisément ce que nous cultivons et de vous relire, de me redonner à cet instant n’ôte en aucune façon le charme de notre présente présence. Mais, avons-nous uniquement voulu nous nourrir à la sève de notre être ? Nous sommes-nous volés ces moments ? Très tôt, en ce puissant élan de nos âmes, nous avons trouvé la clé de notre accord. N’est-ce pas ? Celle-ci est à l’unisson du champ de vie qui s’offre ici, l’unique son en harmonie avec le vivant. Nous avons mutuellement franchi une passerelle et nous avons avancé chacun l’un vers l’autre, à pas égaux. Cette réalité s’impose à moi comme une évidence que je ne peux nier : nous sommes les géomètres de l’espace-temps. Non pas celui qui se donne par nos sens externes, mais tout d’abord par notre corps vibratoire, sans doute aussi notre corps de mémoire. Qui sommes-nous ? Nous a-t-on appris à laisser les choses nous parvenir ainsi, en les renouvelant ? Après avoir fait le tour de la question, un tour existentiel, d’abord embryonnaire, puis allant vers la complétude progressive en ces circonvolutions larges et bien souvent resserrées, nous avons, ce me semble, appris à être des apprentis.

Bien à vous,

B.