Le verbe d’un arbre

N’ai-je pas déjà écrit sur l’épaisseur d’un tronc millénaire, et n’ai-je pas laissé le temps s’effacer par une grâce inextinguible et n’ai-je pas cessé d’exister pour trouver ce qui ne se dit plus, quand même remontent certaines effluves depuis l’éternel rappel de l’instant vermeil ? C’est au-dessus d’une montagne bleue que s’entendent les discours les plus culminants de la rencontre et si d’emblée, les mots ont leur transe, c’est qu’au rubis de leur secret, ils parlent de ce qui ne s’est jamais vu, ni même raconté. C’est là, dans le crucial instant que je vais, faisant le témoignage d’une réalité d’une autre réalité, quand même les ruptures de la connaissance ont l’effet d’une méconnaissance, l’on nous convie au moment le plus extrême de la certitude et tout parle comme pour nous envelopper et nous relayer dans le monde d’un autre monde. Quelle échappée des harmonieuses concordances quand le Tout s’est écrié et a irradié le cœur de la conscience ! Traversée épanchée de la reconnaissance. Ainsi parla le commencement, puis ainsi s’accorda la fin. Entre les deux, naquit l’enfant du présent, fécondé dans la pureté inégalée de la présence. Il parla. Il se mit à conter l’invraisemblable dans un monde figé. Je fus saisie par la douceur de son verbe et les larmes jaillirent des profondeurs d’une cascade incarnée.

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L’enfant


L’abandon, un cœur
Essoré à la lumière
Le « moi » a eu peur.

Comment as-tu agi ?
Sont-ce l’effet de tes prières,
Ou l’enfant rieur ?

Il vit sans âge,
L’enfant du silence s’assoit
Les yeux hébétés.

Impétuosité 火熱 (Huǒrè)

Mille fois
L’on s’en va,
Et mille fois,
C’est encore là.
Que peux-tu
Contre l’impétuosité ?
Que peux-tu
Quand le jour s’est levé ?
J’aime autant marcher
Sur les bordures

Du temps exalté
Et de mes yeux égarés
Vivre sans rien mesurer.
Sans doute,
Je vais vers cet enfant,
Puis la main dans la main,
Nous parlons au silence
,
Puis, soudain,
Nos têtes se sont tournées,
Vers notre étrangeté.
Enfant !

La pression d’un instant,
Nous nous sommes envolés…