Correspondances XVI

Cher,

Comme j’aime nos rendez-vous que vous avez marqué de votre empreinte, et j’aime la douceur qui émane de votre être. J’avais parcouru en amont quelques unes de vos compositions, et de même, j’avais surpris, en certains de vos écrits, le même esprit qui se love comme une chair au verbe, comme un effluve au corps de l’âme. J’avais déposé les armes. De fait, je le croyais. Nous venions de traverser d’incroyables contrées, nous avions été pris par la vague qui submerge tout et qui nous avait laissés dévastés. La vie se résumait à cet étroit passage. Il n’y avait plus rien alentour. Je vous avais confié quelques bribes de cette effroyable expérience. Mais, quelque chose de plus fort m’avait soulevée sans que je ne sache comment nommer cette imprévisible puissance. Je vous écrivais presque à tâtons, ne sachant plus rien de ce monde. On m’avait déposée sur un vierge rivage et comme je me levai doucement, je découvris, avec le plus grand étonnement qui soit, ce qui n’avait jamais péri. Outre cette expansion, outre cette imprévisible dilatation, je me sentais en paix. Ma fragilité se reposait en votre force. Je rencontrais votre esprit, je rencontrais votre être-au-monde. Lors que l’enfantement a lieu, nous sommes l’enfant et la mère. La mère en moi vous recevait. Votre propre fragilité vous donnait à votre force. Jamais nous ne jouâmes à être autre que nous. Nos expériences mutuelles nous avaient menés jusqu’en cette ouverture, et même s’il demeurait des scories, nous savions les voir et les vivre comme ne faisant plus partie de notre réalité, car chacun nous avions été en une longue et indicible quête spirituelle. Notre rencontre n’était pas uniquement la nôtre, elle devint très vite le jaillissement de notre amour inconditionnel. Chaque pas fut une pierre posée. Nous nous rencontrâmes sur la passerelle qui faisait effectivement la jointure de nos deux mondes. Nous sommes nés ce jour-là.

L’encre au soleil

L’encre au soleil de tes années juvéniles clament encore, en ta maturité, l’enfance de ton cœur intouché par le malheur, et si sur le visage de ton âme, le corps trace des sentiers, c’est parce qu’un jour nous nous sommes rencontrés et c’est parce que toute la vie transpire et c’est en cette lueur que je t’écoute et m’assois auprès du regard de ton âme, celui qui fait frémir l’écorce du monde entier et je suis femme de t’avoir pleinement regardé, et quand tu vas, le sourire t’accompagne et le vent auréole le blé de tes cheveux éparpillés. L’amour a cette virilité dans le cœur de la femme, et l’amour est une intense atemporalité qui nous mène loin, tandis que l’esprit féconde les mondes nouveaux, les mondes qui sont aujourd’hui à se déployer. Ma plume trempe dans ton encrier.