La vieille femme et le singe 老女人和猴子*

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Il existait, sur la colline éloignée du village, une vieille femme, dont les cheveux hirsutes faisaient penser à un misérable dindon. Gloussait-elle sans cesse pour inspirer la terreur aux enfants ? D’ailleurs, certains garçons qui gravissaient discrètement la colline s’enhardissaient jusqu’au mûrier, mais n’osaient guère plus outrepasser cette limite. La vieille femme était considérée, par les villageois, comme la plus malfaisante des sorcières. Elle maugréait du matin au soir. On la soupçonnait même de manger les chats qu’elle recueillait. Pourtant un jour, un magicien vint à passer. Il entendit ses plaintes et ses vociférations. La sorcière venait de cracher vulgairement sur le sol de sa maison délabrée. Il se changea alors en petit singe et l’approcha en faisant moult acrobaties. C’est ainsi qu’elle finit par s’apercevoir de son manège et lui jeta un regard noir. Elle n’aimait pas la compagnie, encore moins celle d’un singe. Elle l’attrapa par la queue et le ficela. J’en ferai mon dîner, marmonna-t-elle. C’est alors que le singe lui parla. Tu sembles bien malheureuse. Que t’est-il arrivé pour devenir si désagréable ? La vieille femme parut à peine surprise quand le singe s’adressa à elle. Elle le regarda et lui répondit sans hésiter : la laideur m’a frappée depuis mon plus jeune âge. Je ne sais pas être autrement que laide et repoussante. Dans le fond, conclut le singe, tu obéis à ta nature propre. Tu n’es donc pas malheureuse. Alors la femme se mit à rire si fort qu’elle manqua s’étouffer. Elle finit par lui dire: Ah ! Il ne manquerait plus que ça ! Malheureuse de mon malheur !

***

Moralité : il en ressort de cette histoire un vieux dicton populaire qui dit à peu près ceci : le malheureux ne voit jamais son dos. 不幸從未見過, bùxìng cóng wèi jiànguò, ou : malheureusement jamais vu.

*Prononciation : Lǎo nǚrén hé hóuzi

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L’usage de la métaphore


Quelqu’un essaya de discréditer Huizi auprès du Roi des Liang :
– Huizi fait un usage trop fréquent de la métaphore. Il ne sait pas s’expliquer autrement. Le Roi dit :
– Vous avez raison.
Le lendemain, Huizi s’étant présenté devant le Roi, celui-ci lui dit :
– Désormais quand vous aurez à me parler, je vous prie d’aller au but sans user de métaphores.
Le ministre répondit :
– Supposons qu’un homme ne sache pas ce qu’est qu’une catapulte. S’il vous demande qu’elle est la forme de celle-ci et que vous lui disiez : La catapulte a la forme d’une catapulte, comment voulez-vous qu’il puisse se la figurer ?
– Pour sûr qu’il ne le peut pas, acquiesça le Roi.
Huizi poursuivit :
– Si vous lui dites que la catapulte ressemble à un arc dont la corde est faite de bambou, et que c’est une machine de guerre pour envoyer des boulets, alors vous comprendra-t-il ou non ?
Le Roi dit :
– Il comprendra.
– Rapprocher une chose connue de tous par comparaison et la proposer à votre interlocuteur qui ne la connaît pas encore est un moyen de la lui faire comprendre. Maintenant si vous me défendez l’usage des métaphores, quel moyen me restera-t-il ?
– Vous avez raison , dit le Roi.