Hérésie 異端 (Yìduān)

Du burin des estropiés
Des roches calcinées
Des éventrements charriés
Des puanteurs venues du fiel vengeur
Des meurtrissures équivoques
Du pompeux à l’obscur
Des ravins sinueux et glauques
Quand la gloire est un pourrissement
Sur les enchevêtrements noueux
Des combinaisons purulentes

Des âmes dépravées
Dont la damnation évidente
Poursuit inlassablement
La vénale acidité,
Du heurt de l’amnésie,
Mais quand les temples
Deviennent l’hérésie
Alors annonce au monde
La fin immonde
Des tentacules de l’hypocrisie
Des veules supercheries
Et quand les cœurs mûrissent
Sous les vestiges de l’aspiration
Quelque part, il n’est plus de leurres
Et dans les ténèbres brillent
Les visages émaciés par les larmes
Quand de l’égoïsme charognard
S’inverse le sens et la lueur
Devient beaucoup plus qu’un espoir,
Le véritable bonheur.

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Correspondances XI

Cher,

La solitude ne nous trahit jamais de nous donner entièrement à cet indéfinissable. La force vient de ce qui nous libère en permanence de toutes les emprises, quelle qu’elles soient. Il existe une forme d’obéissance qui exclut toute autre forme d’esclavage. Bien souvent, les gens ont peur de faire l’expérience de ce qui n’a jamais été exploré. Il existe une sorte de gouvernail qui n’en admet plus aucun autre. Cette solitude renforce en permanence l’observation, et je disais à Abigaëlle abruptement : l’imprenable n’est plus un défi ni même un choix. Il s’agit d’une réponse et soudain, la vie est un tournoiement sans fin. Pour avoir méconnu souverainement cette solitude, nous voici aliénés. Vous souvenez-vous comme nous avons tacitement agréé, non pas notre indépendance, mais notre mutuelle vigilance à ne pas nous laisser envahir par ce qui a tôt fait de nous imposer sa tyrannie, c’est-à-dire ce que j’ose appeler notre asticot prétentieux ? Vous savez comme je suis prompte à l’auto-dérision. J’aime à en rire, parce qu’il est lui-même à me céder à cette autodérision notoire. Sans cette dose d’humour, nous sommes d’un ennui proprement mortel. Cet ennui vient de nos affectations spontanées qui est de nous identifier en permanence avec la vie qui passe. Je crois que cet asticot me chatouille fortement et sans avoir cet excès et indécent penchant à la raillerie qui serait dirigée vers les autres, je m’amuse bien autrement avec mon propre asticot. Ici, il n’est aucune retenue possible. Bien au contraire. Comme nous avons ri ensemble à nous en faire mal au ventre ! Faut-il avoir traversé les fragilités inouïes de notre être pour sourire sans jamais faillir ?

Bien à vous

B.

Combat

Le soubresaut de ton corps ne désire pas s’extraire des fougères de tes nuits et l’ombre menaçante est semblable au dragon qui poursuit sa chimère, et c’est bien lui qui rêve de l’épaule adjacente, où repose sa tête tremblante. Quand le soleil brûle de mille feux, triste et ravageur incendiaire, il vient de ses yeux embrumés de sueur chanter rauque sa prière. Dans l’infinie solitude de ses transports meurtriers, accablé au fond des vallées endormies, il s’affale au crépuscule et son chant est semblable à un gémissement fragile. Le Fleuve Jaune ne saurait l’emporter loin, mais il le regarde avec l’indifférence des morts, quand du bouillonnant sort, la bête sombre au fond de ses écumes amères. Il se voit franchir les obstacles de la torpeur, puis tournoyer au dessus de tous les leurres. Alors, sa peau devient vocable et au ciel, il voit soudain un éclair. Mais est-ce bien ce que ses yeux pourchassent ? Quand s’exclame alors du feux de ses entrailles, sa ruine, le soleil est jaune du torrent de ses larmes. Le fleuve l’emporte violemment, charriant les limons de son corps éventré, et lorsque les rives l’encerclent de leurs bras convulsifs, la bête n’est plus la bête. Au milieu des roches, un cœur rougi par les larmes, un cœur que les lambeaux ont déchiqueté sans pitié, un cœur sur la grève échoué qui s’enflamme, des puissances d’un amour douloureux et secret.