Jardin

Nous nous sommes évadée,
Les hauteurs incontournables,
Quand du cœur de la femme,
Tu es loin d’avoir saisi le secret,
Car, aimer est au féminin,
De scintillantes flammes,
Alors que s’achève le matin,
Défroissé au contour de notre improbable,
Puisque du cœur de l’aimée,
Jaillissent les verbes de son âme,
Tout le mystère d’une prostration :
Un homme peut aimer comme une femme,
Lors qu’il éclot à sa divinité,
Il chante suave les mots de la passion,
Et de dérive en dérive, comme un forcené,
S’anéantit dans les vagues déchaînées.
Puis, une femme peut aimer comme un homme,
Née d’une incandescente cuisson,
Jusqu’à se tordre parmi les feux d’une fusion,
Usée par la douleur,
Tenant en son âme,
Le dernier sursaut.
D’aimer est illimité et sans concession,
Car, l’Amour est entier,
Il suscite la tranchante vérité,
Tandis que d’avoir hurlé,
Dans les sanglots que l’on étouffe,
Tel un rayon blessé,
Le corps entier transpercé,
Un jardin inconnu s’éveille,
Tressé des larmes de ta veillée,
Goutte à goutte,
Révèle l’immensité.

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Peinture de Scott Burdick

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Soleil et Lune

La sagesse consiste à prendre le temps de peser toutes choses et de se laisser irriguer des réalités de la vie profonde. Vivre au rythme du pouls terrestre, regarder les nuages, les fleurs, tout cela ne peut être une anecdote en passant. Quand je le vis, je me lançais à corps perdu, à corps abandonné dans les bras de son étonnante magnanimité, dans les confins de sa préciosité. Cela peut sembler aussi fin qu’un cheveu, cela peut ressembler à un proton, l’effet d’une touche précise et délicate. Cela peut aussi ressembler à des milliers d’années-lumières, à une myriade de constellations, aux vents les plus improbables de millions d’étoiles. Tant que le soleil suit sa lune, que voulez-vous qu’il advienne ? Tant que la lune suit son soleil, que voulez-vous qu’il advienne ? Tant que l’Amour est la plus puissante des lumières, et qu’un orbite se met à poursuivre ce qui le poursuit, vous ne craignez rien et vous êtes forts de cette Joie incommensurable qui vous saisit perpétuellement. Celle-ci est le plus grand de tous les boucliers. Voyez comme la lune rit aux éclats, et comme le soleil est fidèle à son amante !

Correspondances XVI

Cher,

Comme j’aime nos rendez-vous que vous avez marqué de votre empreinte, et j’aime la douceur qui émane de votre être. J’avais parcouru en amont quelques unes de vos compositions, et de même, j’avais surpris, en certains de vos écrits, le même esprit qui se love comme une chair au verbe, comme un effluve au corps de l’âme. J’avais déposé les armes. De fait, je le croyais. Nous venions de traverser d’incroyables contrées, nous avions été pris par la vague qui submerge tout et qui nous avait laissés dévastés. La vie se résumait à cet étroit passage. Il n’y avait plus rien alentour. Je vous avais confié quelques bribes de cette effroyable expérience. Mais, quelque chose de plus fort m’avait soulevée sans que je ne sache comment nommer cette imprévisible puissance. Je vous écrivais presque à tâtons, ne sachant plus rien de ce monde. On m’avait déposée sur un vierge rivage et comme je me levai doucement, je découvris, avec le plus grand étonnement qui soit, ce qui n’avait jamais péri. Outre cette expansion, outre cette imprévisible dilatation, je me sentais en paix. Ma fragilité se reposait en votre force. Je rencontrais votre esprit, je rencontrais votre être-au-monde. Lors que l’enfantement a lieu, nous sommes l’enfant et la mère. La mère en moi vous recevait. Votre propre fragilité vous donnait à votre force. Jamais nous ne jouâmes à être autre que nous. Nos expériences mutuelles nous avaient menés jusqu’en cette ouverture, et même s’il demeurait des scories, nous savions les voir et les vivre comme ne faisant plus partie de notre réalité, car chacun nous avions été en une longue et indicible quête spirituelle. Notre rencontre n’était pas uniquement la nôtre, elle devint très vite le jaillissement de notre amour inconditionnel. Chaque pas fut une pierre posée. Nous nous rencontrâmes sur la passerelle qui faisait effectivement la jointure de nos deux mondes. Nous sommes nés ce jour-là.

Correspondances XIV

Cher,

Comme il a fallu des années lumières pour que nos âmes se rejoignent, et comme il a fallu conjurer toutes nos blessures, nos sanglots bouillonnants, nos revendications et même nos cris, pour que nos corps se lissent et fusionnent dans les rayonnements d’un cosmos dont les étoiles sont la réverbération de notre réalité, au grand chapeau d’une couronne nimbée de notre aspiration ! Le ciel est l’univers de notre expérience jumelée de beauté. Quand l’amour disloque, il unifie aussi. Cher, très cher à mon cœur, vous savez comme la réalité du couple est une aube sans cesse renouvelée, démantelée le soir, régénérée au matin. L’amour est une brûlure alchimique qui semblable à l’océan disloque et s’écrase sur le sable de nos prétentions. Mais, Ô miracle, chaque grain est le récit de l’usure et du polissage de nos frustes natures. Des éléments qui nous constituent, s’unir aux lèvres incandescentes de notre lumière est en vérité une épopée que l’on décrit dans maintes légendes. Notre chemin est trempé dans l’effervescence de l’abandon. Or, se reposer, c’est avoir atteint l’axe de notre ascension. Dans les mots pleuvent nos éclaboussures, nos veines devenues les multiples rebellions de nos sentiers égarés, jusqu’à ce que soudain nous soyons saisis par la beauté naturelle de la vérité, l’unique, celle que l’on partage avec tous. Je sais, parfois mes lettres vous semblent quelque peu absconses, mais, je sais aussi que dans votre primitive violence, dans le boisement musqué de votre douceur, vous êtes vous-même le tempétueux et pacifique océan de votre âme, de notre âme.

Je vous aime,

Votre B.