Perle

Quoi que l’on dise,
Quoi que l’on pense,
Elle partira avec Amour.

Pensez au dernier souffle ; voyez comme il vous enveloppe et vous arrache d’ici. Que restera-t-il si ce n’est la perle ? Elle avait ce projet de s’étendre, de vous révéler, puis, de recentrer votre âme lors du départ, lors de la continuité. J’entends les voix. J’entends les corps. La perle vous visite sans relâche et vous étreint. C’est cela qui nous émut. C’est cela qui nous tint droite sur le socle terrien.

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Ce rien

Là, j’aimerais dire que je ne sais rien,
Et venir l’enlacer,
Ce rien ;
Je ne sais pas,
Peut-être faut-il juste se pencher,
La guitare fredonnant,
Puis, galopante,
Les mains envoûtées,
Suivre une voix,
Courir, pourquoi pas ?
Là, je ne sais absolument rien,
Je le vois,
Remontant les pentes,
Comme des escaliers interminables,
Je lui dis :
J’ai basculé et je ris,
Rien que cela,
Rire,
Je le vois siffloter,
L’escalier à bout de bras,
Haleter,
Malgré tout,
Quand je vois la vie défiler,
Il me vient un rire,
Comme une moquerie,
Un haussement d’épaules,
Il fallait bien un bing bang et tout cela !
Je ne pense pas à la guerre, à rien,
Ni à ces terreurs d’autrefois,
La mort s’invite à chaque pas,
Alors, je ne sais rien,
Il me vient cet enlacement,
Au petit matin, sur la branche,
Les arbres balancent,
Fredonnent un air, mine de rien,
Et je te vois,
Le gland d’un chêne,
Une étreinte que je retiens,
Les yeux s’esclaffent,
Avec je ne sais quoi,
Je ne pense à rien,
Mon cœur danse,
Je n’y peux rien.

Essence

Voix élévatrice,
Le cœur répond :
Ai-je jamais été séparé ?

Là, mon ami, là, nous nous sommes rencontrés et depuis le là nous parlons. Nous rions aussi. Nos mains jointes, nous reconnaissons ce long et beau voyage. Chaque jour, nous avons cueilli un fruit bien mûr et chaque jour, nous avons été émerveillés. Mon ami, quelle joie ces douceurs qui se sont élevées jusqu’à l’essence ! Ou bien est-ce l’inverse ?

Raison et folie

Il n’aima pas devenir fou, car de cette folie, il voyait une entrave à la raison. Il regardait le godet, mais elle voyait une coupe. Le monde changeait, il s’y enfermait. Que lui fallait-il ? Pas grand-chose. Du moment qu’il pouvait de temps à autre s’occuper à quelque bricole. Il ne supportait pas la poésie. Il ne s’ouvrait pas à ce qui était autre. Il n’écoutait jamais la radio, ni ne perdait son temps devant la télévision. Il lui semblait qu’on lui volait ainsi sa vie. Il n’avait pas non plus une pratique très poussée du téléphone. Un balbutiement ici ou là. Des nouvelles à l’emporte-pièce. Quand il était adolescent, il avait vainement penché pour le parti communiste. Mais, au bout de quelques lectures de Marx, il s’en était royalement désintéressé. Depuis, il haussait les épaules quand on abordait avec lui des sujets politiques. Il s’était fait siennes les paroles de Platon. Personne ne lisait Platon. Personne ne lisait les grands métaphysiciens, les vrais philosophes. Il s’ennuyait à mourir quand il entendait les inepties des penseurs d’aujourd’hui. Il bâillait sans discontinuer face au mimétisme ambiant. Il trouvait ses contemporains très peu cultivés. Les académiciens, les théoriciens lui semblaient pompeux et sans consistance véritable. Il faisait une pichenette sur tout cela. Tout s’écroulait. Il se rendit compte qu’il n’aimait rien, que la vie était insipide. Quand il la rencontra, elle dansait avec les mains. Elle riait de ses airs taciturnes. Il ne comprit jamais pourquoi elle vint vers lui.

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Mâdad

La force de la plainte,
Ô plaine !
Libre comme l’aube,
La force de la voix,
Au creux de tes propos,
S’éloigne…
La force de ton cri,
Ô danse !
La puissance
De ton chant,
Mâdad !
La force de ton élan,
Ô Silence !
Je marche et l’éclose,
Dans la savante révérence.
La force de ton audace,
Ô Sagesse !
Céleste envol,
La force d’une percussion,
Ô corps !
Du vivant de tes mots,
Le rythme de notre oraison,
Mâdad !
Lointaine marche,
La rive la plus proche,
Les feuilles qui passent,
Les continuités de ta persévérance,
Les ébauches sur le sommet,
La montagne nous enveloppe,
Mâdad !
Floraisons de l’échappée,
Le tambour,
D’une vigoureuse cadence,
L’éprouvante montée,
Aux écorchures automnales,
Il n’est que Lui !
Je tiens la perlée
Enchevêtrement de nos liens,
La cuisson de l’Empyrée,
Tandis que le chant vibre encore,
Si haut et si tenace !
Mâdad !

Depuis tout ce temps

Depuis tout ce temps,
Les uns me poursuivent,
Les autres me tourmentent,
Mais ce cœur tendu,
A tantôt fui.
Quand s’est-il jamais appartenu ?
Voici qu’il file,
J’ai beau le saisir,
Mille fois,
Il m’échappe,
Le voici à mille nues,
Le voici flamboyant,
Le voici cuisant,
Le voici au tréfonds,
Le voici disparu,
Mon corps entier, l’a pris.
J’ai mangé d’un fruit,
Ni d’ici,
Ni défendu,
Mon cœur, qu’as-tu fait de mes nuits ?
Est-ce un raisin,
Est-ce une figue,
Est-ce plutôt miel inconnu ?
Depuis tout ce temps, l’on me blâme,
Depuis tout ce temps,
Que suis-je devenue ?
Bien, bien !
Il me plaît d’être ainsi,
Il me plaît d’avoir perdu,
Le sens et la raison,
D’être en la loi de ceci,
Je n’ai pas même les haillons d’une vie.
Depuis tout ce temps,
L’on me reproche,
Mais mon cœur, je cours après lui.

Correspondances LII

Très cher,

Depuis longtemps, nous avons cessé de croire en la politique. Il nous semblait que les solutions, intégrations et autres fariboles devenaient saugrenues et nous excluaient définitivement de toute réalité. La vie n’appartient pas à ceux qui se voudraient nous diriger. Que l’on s’appesantisse ensemble sur les modalités d’une organisation sociétale, cela me semble, certes, la plus franche des approches. Depuis longtemps, nous savons que le pouvoir est corrompu. Une véritable gangrène quasi indissoluble. Pourtant, à défaut de sombrer dans le plus grand des désarrois ou de sauter de joie comme la plus niaise des personnes, nous avons opté pour un chemin intérieur, résolument et définitivement. L’on pourrait dire que ce chemin nous a choisi. C’est presque certain. Toutes choses, en nous-même, et même à l’extérieur, participaient de cette vivante orientation. Nous en avons parlé bien souvent. En dépit du fait que ce monde court à sa propre perte, nous avons répondu à l’appel intime de notre être. Nous n’y reviendrons pas. Au point où nous en sommes, nous n’avons pas peur du lendemain, ni peur de mourir de faim ou de froid. Si nous quittons ce monde, nous le quittons avec quiétude. Sans doute, sommes-nous loin de tout comprendre, mais, à ce moment précis, nous n’éprouvons ni regret, ni âpreté, ni rancune. Nous n’espérons ni nous ne désespérons. Nous sommes reconnaissante.

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Les ailes

Le rougeoiement du cœur,
Semblable au désir insatiable,
Les effluves d’un voyage.

Où s’en est allé le bruit furtif des ailes,
Noyé par les rougeurs du ciel ?
Et où s’en est allé le regard incertain,
Aux sillons brefs du matin ?
Où s’est donc alangui le soleil,
Quand les oiseaux s’échappent au firmament vermeil ?
Les a-t-on suivis sans que rien ne nous retienne,
Ou bien s’est-on appesanti sur ce que crayonne
Un cœur tout étourdi ?
Reviendront-ils nous donner quelques nouvelles,
Là où leur bec pointe ivre et, l’étendard qui flotte
Au sommet d’un autre monde ?
Je vais avec eux sans plus attendre,
Ces ailes frémissantes et haletantes
Sont de loin mon périple favori.

Encore

Si je devais te répondre,
Je te répondrais.
Le rythme,
Mon pouls sur le rocher,
Je ne serais plus ici,
Je viendrais,
Le pas sur la grève.
Je n’ai plus de temps
Stupéfait !
Ni coursier,
Ni chevelure,
Ni même stature,
Ni encore sourcier,
Car, si je devais marcher,
Je marcherais,
Le flanc au vent,
Les yeux collés à la lecture.
Mais, si je devais lire,
Je lirais,
La plume
Et l’encolure,
Submergée au levant.
Et, si je devais me lier,
Je me lierais,
Les poignes d’une césure,
L’aube,
Eloquente !
Et, si je devais te faire le récit,
Je m’envelopperais d’un ruisseau,
Je saisirais la rose des mots,
La bouture des montagnes imposantes,
Le charme de la lenteur,
Et, si je devais te le dire,
Je te le dirais,
Sans jamais finir,
Je te le dirais encore.

___

Peinture de Félix Mas

If

Réverbération intense,
Au secret du limon,
La prunelle des ifs.

Saisir ou être saisie ? L’instant frémit tout éternellement, et le pas allégé, comme surpris, s’exclame de tant de beauté. J’aimerais ne jamais oublier, ne jamais oublier, ne jamais oublier, la grâce et la légèreté. J’aimerais ne jamais m’assoupir, l’instant de la visite de mon Bien-Aimé.