Souvenirs d’Afrique

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La voix sucrée d’une gorge de soleil, l’étendue de la Terre, rougeoiement du battement d’un tambour, comme il me vient cette puissance de ton imposant corps, Ô Afrique ! Roulant sans démesure sur la route gondolée, la terre rougie par les effets des milliers de tes chants, jusqu’à la frontière d’une savane, troublée par les montagnes sauvages. Voici l’ancêtre, un lion d’une magistrale assise, crinière qui effleure tous les temps se profilant à l’horizon, sur la Terre qui se meut encore de tes pas, Ô lion ! Je me souviens de mon visage accroché à la vitre de la voiture de mon oncle, une coccinelle noire, au cuir échauffé, cuisant pour nos fessiers d’enfant. Je pensais : C’est l’Afrique ! L’Afrique et Elle me prenait à la gorge, son haleine féroce et primitive. Je voyais défiler le paysage et me répétais : C’est l’Afrique ! Hypnotisée par l’herbe sèche et les montagnes au loin. Mon oncle roulait assez vite sur la route embrumée de vapeur des effets du torride soleil et, alors que j’étais assise sur le siège arrière, j’éprouvais un bonheur indicible, une joie infinie : enfin, je retrouvais mon bien-aimé oncle, l’instituteur, le maître d’école, celui d’un autre temps, celui d’un autre monde. Les souvenirs de cet homme intègre, d’une douceur extrême, d’une sagesse indéniable me visitent encore et je les garde précieusement, comme je garde en moi toutes ces personnes qui ont fait de mon être ce que je suis aujourd’hui…

Regard

Le ciel s’ouvre,
Au loin s’étendent les montagnes,
Puissance d’un regard.

Les nuages forment un cadre, et l’ombre frémit sous un vent léger. L’éternité, Ô combien émouvante, est apparue subrepticement, et le cœur a failli exploser. Je lançai à voix haute : « Je T’aime ! » et le ciel entier a étreint mon âme. L’arbre, d’à côté, a chancelé. Je T’aime encore plus fort. Que dire si ce n’est aimer ?

Yisha

Certains jours, et ces jours n’étaient pas d’égale mesure avec celle que nous connaissons sur cette Terre, Yisha apparaissait sous la forme la plus étrange qui soit. Très peu le reconnaissaient. Il arriva même qu’il vint chez les habitants de ce monde sous la forme d’une grive. Il voletait à travers les branchages, s’installait tout près des habitants. Bien que la grive fusse très grande musicienne, quand Yisha prenait la forme de cet oiseau, il ne chantait pas. Il fixait plutôt, incognito, la personne de son choix et lui transmettait un flux puissant. Yisha aimait à se promener, invisible, dans les rues. Il saluait les âmes des mondes avec Amour. Cela réchauffait le cœur des uns et des autres, sans qu’ils sachent vraiment pourquoi. Son action discrète avait pour but de rassembler les gens, de leur enseigner certaines sagesses oubliées, de les rappeler à l’ordre, aussi. Yisha prenait toutes les appellations, toutes les formes possibles et inimaginables. Il lui arrivait de se faire appeler par son nom secret, son nom d’origine, du tout commencement, d’avant la création. Il soufflait, surtout à l’aube, les mots qui revivifiaient les créatures esseulées. Quand il se montrait sous sa forme humaine, il s’enveloppait d’un grand châle de laine blanche et couvrait sa chevelure. Ceux qui avaient un cœur aimant, un cœur prêt à recevoir, Yisha posait une main invisible sur leur torse, là où siège l’âme de lumière, et les bénissait. Il rencontra beaucoup de monde, s’assit à certaines tables, tint un discours durant des milliers d’années, compénétra les âmes, mais très peu, dans le fond, le suivirent. Il vint encore et encore. Mais très peu l’entendirent. Il apposa sa main sur les torses les plus rétifs, et ne craignit pas de fréquenter des lieux immondes. Yisha accomplissait chaque jour son œuvre. Regardez bien autour de vous, et peut-être le verrez-vous ! Plongez bien en vous, et peut-être apprendrez-vous !

Périple sans fin

Ô mon âme ! Qu’ai-je fait de t’aimer dans le ciel rougeoyant, et qu’ai-je fait en t’aimant jusqu’au fond de la Laponie ? Mon âme, qu’as-tu fait de moi ; qu’as-tu donc fait en me volant à moi-même ? Mais, qu’as-tu donc fait en me faisant voyager là où je devais te rencontrer ? Que s’est-il passé, mon âme, pour que je fusse dépossédée de moi, quand je filais la laine dans les cavernes profondes, et que s’est-il passé pour que je retrouvasse partout l’effluve des pétales unifiant les Amours vivaces ? Mais qu’as-tu donc fait à ce corps et qu’as-tu donc fait à cet esprit quand tu le plias et le déplias ? Je devins le vent ; je devins un petit castor ; je devins aussi la limace. Mais, mon âme, que s’est-il passé pour que je devinsse l’eau au milieu des roches, et que je devinsse les multitudes de clameurs dans tous les espaces ? Comme nous avons dansé toi et moi, enlacés tels soleil et lune ! Mon âme, viens, je m’assois à tes côtés et tu me parles. Viens, mon âme, ici, là-bas, lui et nous. Viens que je t’embrasse ! Ô mon âme, quelle beauté quand tout s’efface. M’aimes-tu ? Oui, c’est un aveu au clair matin, et c’est une confidence, le soir. Je suis la cloche qui vibre dans les montagnes, et puis ce murmure qui se cache dans les cascades d’une corde, et je suis aussi le chant dans la voix. Nous nous sommes trouvés, mon âme, et nous ne nous quittons pas. Là-bas, au-dessus d’une porte veillent deux hiboux. Je ne les voyais pas, mais ils voulurent me voir. C’est étrange, mon âme ! Les choses se meuvent et le cœur bat. C’est étrange, d’être si proche et si loin à la fois. Viens donc, mon âme auprès de moi, que nous puissions unir notre voyage et que chaque étape soit le commencement d’un périple sans fin !

Plus loin encore

Je m’arrêterai mille fois encore, n’ayant jamais avancé, car, où aller ? Je ne bougerai pas. Je serai un arbre dont la féerie commence là où tout est parfait. Je suis dans une cellule, mais, je suis partout à la fois. Tu as brisé les murs et des jaillissements effusifs, je me suis arrêtée. Je ne bouge plus ; je ne respire plus. Je pose les mains sur l’accueil d’un imperceptible souffle, Ô Souffle, comme je ne sais plus te dire, mais comment dire ? je demeure immobile, et la lune est altière. Elle plonge dans le puits de notre discours. Comment ? Oui, il s’agit d’un indicible murmure et je sens combien Tu me serres au-delà du possible. Il n’est qu’un seul possible d’ailleurs, et comment y en aurait-il un autre ? Je pointe un doigt et touche le sol. Maintenant ce doigt monte au ciel et prolonge l’effervescence du cœur, Ô cœur ! Les yeux se ferment et tout autour bruisse. Il se tient droit, bien droit et de nouveau, le souffle entre en apnée. Je suis sur la place publique et regarde, puis, le dit fort, car le dire fort est une émanation salutaire, entrelac de joie. Je me retrouve dans un lieu qui n’existe pas. Il est au-dedans, au-dedans, vous dis-je. Le doigt vient toucher le cœur ; le cœur, là où l’horloge n’est pas de ce monde. Chaque instant n’est qu’un seul instant et il me fait rire. Oui ! Vous pleurez sur les défunts, les torturés, les impasses cosmiques, ou terrestres. Vous pleurez sur votre nombril, vous pleurez sur les informations que vous ne vivez pas un seul moment, mais vous pleurez. Vous pleurez sur les abeilles qui meurent, et puis sur les bombes qui mangent des pieds, des jambes et des bras. Mais, vous ne pleurez pas vraiment. Vous ne riez pas non plus. Vous ne savez plus. Alors, je m’arrêterai mille fois encore, n’ayant de ce monde qu’un arrêt qui s’ouvre sur toutes les perspectives, plus loin encore, plus loin encore.

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Peinture de Edward Burne-Jones (1833-1898)

Visage de lune

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Nous nous étions rencontrées, il y a fort longtemps. J’étais alors étudiante. Déambulant dans Paris, à mes heures perdues, j’avais fini par atterrir au sein d’un cercle quelque peu intime et où l’on redécouvrait, tels des nouveau-nés, la spiritualité. Nous réapprenions tout, le monde caché, le monde des douces concordances, de la fraternité, de la pratique, de l’avancée. Ce jour-là, elle arriva. Je fus frappée par son visage de lune. Elle resplendissait. Je la regardais. Tout son être semblait se détacher du groupe. Elle souriait avec une réelle grâce et les yeux baissés, elle avançait dans la pièce. Ce sont les premières impressions qui comptent. Tout comme avec Emily Kaitlyn, je demeurais sous le charme vibratoire de sa réalité spirituelle. Sans doute, suis-je très sensible à l’aura de l’autre. (…)

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Erosion

Dans l’érosion d’une usure,
La lune est née,
J’entends Ton chant.

Une goutte s’est écoulée depuis le ciselet, une sueur du labeur du cœur esseulé, et les yeux ont ces élans de douceur, mon Ami, mon Bien-Aimé. Sur le sol de la poussière éprouvée, la solitude a fait fleurir un sourire, et comme nous nous sommes étreints, mon Ami, comme nous nous sommes épaulés !

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Peinture de Montserrat Gudiol

Rose des sables

Il me souvient d’une fleur,
Au désert du vent,
L’aube et les bédouins.

Il venait depuis une dune tremblante, les présents plein les mains et je me souviens de son regard d’Amour, sous le turban de sable, sa droiture et son sourire que des étoiles, au matin, donnaient à semer dans un ciel turquin.

Doux zéphyr

Dans l’infinitude des présences, ne T’ai-je pas choisi ? Vivre en Toi, m’occuper de Toi, entrer en Ta Danse et tournoyer. Que nous importe le reste ? L’on choisit son Ami. Un jour, il vient, rompant avec l’horizon. Il le brise dans le soleil cru et transperçant ; voici la croix défaite ; voici le champ ouvert ; Il se dessine dans le cœur gravé de Lui, devient le chemin sans pareil. Il ouvre le secret d’une lointaine étoile, donne au voyage de l’âme et l’âme Le reconnait. Il devance tout appel. Son écho vibrant nous rappelle à la promesse. Nous courons sur les allées et même si les ronces entravent la route, la main n’hésite pas à les prendre en soi et à en faire le labour du cœur. De l’autre côté du miroir, l’Amour gravit les échelons et de grade en grade, la vision est un écartèlement, un écartement et Tu apparais comme Tu as toujours été là. La relation pure. La connaissance. C’est le jus d’une grenade, la transpiration d’un ruisseau, l’effervescence du vent, notre doux zéphyr. Ta Main prodigieuse nous emporte. Elle imprime notre Livre mutuel. Nous lisons…