Existence

Existes-tu vraiment ?
Je ne le crois pas.
Quant à moi, je n’existe pas.
Un tremblant murmure devenu l’écho de nos voix,
Qu’as-tu fais de son cœur en émoi ?
Aux fracas de l’indifférence,
J’ai puisé ma foi.
Sur une monture solitaire,
Le cheval se cabre,
Défait le silence,
Ces beaux rêves d’autrefois.
A la cime d’un parcours,
La crinière s’insurge,
La peau transpire,
Notre course sauvage.
Existes-tu vraiment ?
Je ne le crois pas.
J’ai ouvert une trame,
Un sillon, une trajectoire,
Mais, je n’existe pas.
Je file les ans au bruit de nos peines,
Et comme éprouvée,
Je plante un sabre, ou bien est-ce plutôt une épée ?
Car, ce cœur saigne,
De larmes acérées,
Quand es-tu né ?
J’observe un corps hébété,
Une lune, une flamme,
Un sourire effronté,
Sur la jetée opale,
Surgie des blancs coquillages,
D’écumes et de nacre bleutée,
Je n’ai pas existé.

Taureau

.

Temps irrésolu,
La force d’une troublante idée ;
Je lui prenais les cornes,
L’agitait dans tous les sens,
De velours noir et féroce,
L’animal se cabrait,
Lumière dans son regard,
La bête fulminait !
Mais je m’aperçus que l’idée persistait,
Sous le olé, l’arène en feu,
Je saisissais encore le taureau,
Devenait soudain femme :
La bête bousculait mes mots,
J’étais fragile et forte tout à la fois,
N’avais qu’un vieux lasso,
Olé ! Olé ! le temps me narguait.
Sitôt le soir venu, la bête s’affolait,
Il s’agissait d’une lutte entre ciel et terre,
Comme elle fulminait,
Je m’accrochais à ses yeux,
L’instant d’après,
Le taureau m’hypnotisa,
Je devins lui et il devint moi.

____

Peinture de Thierry Bisch

Orage

Eau qu’érode la vision,
Le sol s’émeut,
Odeur de pluie.

La foudre frappe au pied d’un arbre fiévreux, et la terre tremble. La puissance d’un ciel chargé d’étoiles. Je m’en souviens. La traversée fut longue et le silence plus encore. Il n’est d’autre vie qu’en cette force. J’entends le lion rugir et les plaines courir. Son ombre est une foudroyante lumière qu’arrachent les semences du long trépas. Sa crinière est ivresse et ses yeux un miroir flamboyant. Qu’advient-il quand le lion mange sa proie ?

Miroir 鏡子

Joie

Si je vivais,
Qui étais-je alors ?
Mais si je ne vivais pas,
Qui parlerait encore ?

La merveille fut de ne pas survivre aux raz-de-marée, ni de prétendre être autre. Mais, si tu n’existais pas, je t’inventais dans une préexistence tissée de nos mains aimantes, et tu fis, sans doute, apparaître notre rêve commun. Tu donnas à l’ombre les pas de notre souvenance et tu me dis combien nous nous aimions. Je vis Amour et Il ne cessa de me submerger, alors que l’océan était une vastité. Nous nous mîmes à chanter. Ce fut une visitation permanente, la joie indomptable, une présence révélée. Plus que tout, tu m’invitas à le clamer et je retins à peine cette étrangeté, car la joie se voulait être partagée. Vivre en Lui, l’Amour, c’est ne point survivre à tout ce qui nous sépare. Je vis une onde tournoyer, alors que la nuit glissait comme une invitée et nous nous mîmes à rire dans le ciel sans nom, le ciel de notre unité. Je l’attrapais au vol, cet instant pérenne et nous nous mîmes à danser. Une infinité de petites ailes au sein d’un ciel émerveillé.

Vivais-je d’avoir été ?
L’éclatante lumière,
Du miroir de notre cœur,
Le monde s’est révélé.

Sur les ailes blanches

Peinture de Frederic Leighton

Sur les ailes blanches de mon Aimé,
Le ciel s’est effacé,
Tout comme l’hirondelle,
Sur la pointe écumeuse d’un océan,
Vague suave d’un aimant,
Et au bruissement que fit une ombelle,
Je renouvelais mon serment ;
L’ombre s’éclaira au firmament,
Et le temps d’un souffle,
Je fus certes conquise,
Evanouie à chaque instant.
Vision féconde est exquise,
C’est ainsi que cognent, à la porte de l’inconnu,
Les élans d’un puissant rayonnement,
Les geste, Oh combien souples,
Mêlant vaillance au sein d’un tourbillon.
Lors que le jour devient un verbe éloquent,
Je bois sans fin au soleil d’une Vestale ;
C’est ainsi que resplendit la douce brise,
Dans les tréfonds des pulsions d’un cristal.
Comprenne qui pourra,
J’aime d’être partie sans revenir,
Et bien que je marche seule, étrange ?
Contemplant chaque interstice,
Si je reviens, c’est bien d’avoir suivi un ange.
L’infime côtoie le grand,
Et comment voir, Oh comment voir ?
Par le trouble d’un éloquent zénith,
Alors que trône irrévocable,
Le seul sacrifice.
Ne rien prendre de ce monde,
Goûter à peine à l’offrande,
Vivre, puis, ce pont franchir,
Pour que demeure le cœur en laitance,
Jaillissant, Ô Volans !
Tandis que de l’âme, un océan est à surgir.
C’est dans le regard franc d’une biche,
Que commence son périple,
Et du voyage, elle connut Atlantide ;
Depuis les yeux de Neptune et Jupiter,
Le ciel devenait une danse,
Quel est donc ce Mystère,
Une folle arche sertie de semences ?
Quand son âme éveillée les écoutes,
Elle tremble de quitter ces blancs chevaliers.
C’est ainsi qu’une main bienveillante,
La tient sans jamais défaillir :
Au loin, veille Pluton.
L’accueil, certes, d’une autre rive,
Voici que s’épanchent les constellations,
Et d’une oraison à l’autre,
Je vis la Dame s’élever puis revenir,
Pérégrination qui dura une seconde,
Alors qu’elle lui sembla éternelle,
C’est là que s’accomplit la merveille,
Entrebâillement d’un autre monde,
Dans les entrelacs d’un battant.

Miroir 鏡子

Contemplation

Il aima porter loin la douceur exquise des vins d’un arbre intérieur et depuis des écorces vives surgissaient des feuillets sublimes tandis que le chemin traçait les profonds sillons d’une terre ancienne et les nuages volaient dans la proximité du cœur. Il prit une sorte d’enclume, mais l’outil appelait son violent marteau, alors, il jeta un regard furtif sur les sculptures de l’émouvante saison et s’empara plutôt d’une plume dont il trempa la pointe au milieu d’un bassin aux couleurs argentées. Il en fit du mercure, puis une ambre devint son livre. Il se mit à chanter, car le chemin formait soudain une roseraie, la pointe d’un Lotus, le chant d’un diamant. Mais il ne s’en tint pas là, car, il comprenait, depuis les brumes balbutiantes de son langage, qu’ainsi son esprit se raffinait. Il en vint à jeter la plume et l’encrier, car tout s’unissait en une seule larme, et de là, il vit poindre une folle herbe, une nervure instable, tandis que le vent soufflait. Il se pencha et de ses deux mains burinées, il forma un écrin protecteur. L’herbe sauvage se transforma en une plante plus vivace, tandis que son cœur était ivre. Il s’émut, car, la délicatesse de cette sage semence lui révélait à chaque étape d’indicibles secrets. Je ne puis vous faire plus récit déployé, car à l’image d’une graine, le semeur est conquis. Il contemple et se tait.

Miroir 鏡子

Le centre

Quand je le vis, j’entrai dans une demeure. Elle pouvait être perçue semblablement à l’immensité, dans un lieu si paradoxalement exigu et pourtant, l’espace le contenait tout entier. L’écho vibrait longtemps, révélant les feuillets d’une phrase infinie. En cette résonance, tout s’immobilisait, et tout s’activait dans un bruissement à peine perceptible. Il se passait cette chose incroyable : le coeur éclosait en une myriade de rosées. Chaque rosée était un univers complet. L’image était plus qu’une image. Elle était un corps ; elle était une infinité de corps. Cela ressemblait à des étoiles, mais il s’agissait, en vérité, de larmes hébétées, devenues des constellations de cristaux musicaux. Chaque larme était un son et chaque son était un mot. Cela tintait et riait. Je les suivais et l’enchantement s’étendait sans discontinuer. L’éternité devenait un rire cristallin, un centre concentrique et une spirale épandue de joie et de beauté.

Miroir 鏡子

Absoluité

L’absoluité fut le lieu du seul possible, le relatif, extinguible de façon continue. Le temps, le prétexte de l’intemporel, le non-lieu d’un mouvement. Le centre invisible, l’aspiration du souffle. Ainsi est la mort. Sans cette inévitable échéance, le possible ne peut naître. L’instant est une mort consciente. En elle est rendu visible l’invisible. En respirant, je connus l’apnée. Entre les deux, l’isthme du silence. Telles furent les éloquentes confidences du scarabée lunaire. Il vécut l’énigme jusqu’au bout et orna le centre du Miroir. Celui-ci reçut les parures subtiles de maître scarabée. Néanmoins, nous savons que le Miroir naquit bien avant le beau coléoptère polyphage. Encore une merveille qui demeurera secrète, excepté pour les amis du Miroir.

Miroir 鏡子

Le Chêne d’argent :

Du peu de chose, du peu de rien, du détail et des lendemains, lors des étreintes vives et des légèretés de nos phrases, car, de ne plus dire, est encore un langage, et de subtilités, nous marchons sans même nous retourner, tel est notre Destin. L’étoile au sein d’une multitude d’étoiles a inspiré l’instant et le ciel, en petites gouttes estivales, parfument nos pas sur le chemin. Quand le livre s’ouvre, lis-tu à l’endroit ou à l’envers ? Lustrales aurores et l’unique segment de lumière arrose le cœur d’un jardin. La Terre respire, la Terre nous livre sa présence au creux de la main, tandis que les hommes craignent sa colère, un enfant s’émerveille de sa grandeur. Un elfe des grandes forêts primordiales sème à l’horizon une guirlande de pétales, tandis que parle sagement le dernier vestige d’un homme crépusculaire. Nous sommes assis et je l’écoute durant trois jours et trois nuits.

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Paroxysmique paradoxe

Dédié à l’Ami, dédié à tous ceux qui sont cet Ami, car l’Ami a tous les visages des Amis, femmes ou hommes, nous sommes ces Amis mutuels.

Inébranlable forfaiture, mais Ô pur Amour !
A la seconde des ramures qui viennent de naître,
N’ai-je pas consenti à ne plus autrement être
Qu’en la transparente déclinaison d’un noble jour ?

Indéfectible outrance, Ô nitescent séjour !
Dans la clarté de nos gestes et complice Maître,
Nous vivons pour Te magnifier et Te connaître,
Et je gage qu’avant longtemps, arrive Ton tour.

Il n’est point d’instants justes qui ne se lamentent ;
Il n’est plus de remous, ni de larmes violentes,
Car au-dessus, bien au-dessus, se balance un fanal,

Et c’est par lui que les justes suivent le Guide,
Car, quand pleurent les femmes, malheur au vide !
Quelque part, à l’horizon, sombre déjà le mal.

Peinture de John Maler Collier (1850-1934)