Rien ne change

La vie qui ne tient qu’à un fil,
Effervescente de jaillissement,
N’attend pas qu’on l’invite,
Elle vous prend sauvagement,
Dans les forces vives,
Quand même, rien ne change,
Et l’on vous parle simplement,
Alors que le jardin s’invite,
Les fleurs rafraîchissent,
Les bleus d’un romarin,
Et l’abeille butine comme avant.
Plus loin,l’orage se prépare-t-il ?

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Ces choses

J’aimerais te dire ces choses,
M’entends-tu ?
J’aimerais des bras qui te parlent,
Sans cœur émietté,
Sans même les secondes hébétées.
Le temps qui passe,
Vole sur les ailes,
Du temps qui n’a jamais passé,
Quand surprenantes liesses,
Le parcours sans distance,
Suspend la présence,
Qui vient de basculer.
J’aimerais frôler les pas en cadence,
Te dire que je suis partie,
Sans jamais te quitter,
Puis, j’aimerais aussi te dire,
Ces élans que l’âme n’a pas refréné,
Parce que je suis déjà venue,
Tout te raconter.

Cœur ouvert

Cœur ouvert,
Signifiant sens.
Cœur fermé,
Tout à l’envers.
Atome particulaire,
Tout en vers,
Mais contre tout,
Immatérialité.
Quand naquit l’univers,
Exquise banquise,
Je m’en vais envers,
Les aspérités,
Retrouvant toute stabilité,
Mais quand l’un s’exaspère,
Le vent a tourné,
Depuis l’étrange sphère,
Le pli se révèle d’équité.
Quand l’un dit vert,
Je vole sans discontinuité.
Ce que les yeux s’accommodent
De tant de lumière !
Puis arrive l’obscurité.
Viens donc boire ce verre,
N’en dis pas plus !
Au bon endroit,
Me suis amusée,
Ni plus ni moins,
Le cœur se répand sans sourciller,
La maison joue,
Puisque rien n’est consommé,
L’atome m’a envoûtée,
Si succombe,
La vie a tout à gagner,
Si péris, qu’ai-je à t’enlacer ?

Mars

Aime apporte le frisson,
L’échine hivernale,
Au gris d’une moisson.
Quelques fleurs qui se pâment,
Tourbillons de sensations
Dans l’esprit séminale,
Au cœur d’une fermentation,
Long et mousseux,
Sur les rondeurs,
Savamment rustiques,
Au creux du moelleux,
Et ce corps tranquille,
Aime, le mois nouveau.
Certains fleuves massif au palais,
Alors que jaillit l’imperceptible note,
Riche des parfums d’un écho,
Fin et palpitant comme un souvenir languissant,
Aux saveurs persistantes qui dénotent,
Aime le renouveau.
Qui abdique ?
Des saisons transforment les mots.

Les toits de la ville

Bientôt, j’apercevrai les toits de la ville,
L’esprit frôlant les longs peupliers de brume.
L’azur se campera des vergers vaporeux,
Puis s’étagera des douceurs d’une plume.
Quand aux vitres du matin triomphant,
Nous tournions autour du feu des ramures,
Et quelques pigeons faisaient rempart bien souvent,
Au jour impétueux que peuple mon écriture ;
Quelques épanchements de douleurs,
Fatalement délivré du cri de l’anathème,
Puisant la force dans l’étang de notre cœur,
Poursuivant l’éloge et l’emblème.
La haine ne nourrit aucunement l’amour.
Le pied léger, j’avance dans le creux d’un labour.
Ici ont mûri les grappes de notre séjour.
Je vais sans perdre une seule seconde,
La montagne enfante et féconde et le soleil
M’étreint ; je crains les vagues montures,
Océan de lumière, et c’est au jour qui pointe vermeil
Que soupire au trépas vainqueur, notre douleur,
La nuit chargée de sommeil et puis de veille.

Vin noir

L’azur baigne en ton regard,
Il ne s’est point couché.
J’ai veillé, puis j’ai marché,
Nourrie des espaces d’un vin noir,
Les étoiles, les ai toutes avalées.
Dans les mers pacifiées,
Quand au vert de ton espoir
Les pas de ton silence
M’ont tenue éveillée.
Vivant de ta présence,
Buvant à ton absence,
A l’olivier et la vive amarante,
J’ai épousé les lueurs d’un figuier,
Le tilleul qui m’enchante,
Le pin et le majestueux châtaignier.
Dans le jardin de l’Olympe,
Coulent de fraîchissants ruisseaux.
Ton âme a embrassé notre union
Sur les rives d’un fleuve glorieux,
Au-dessus d’un éclair légendaire
Le souffle aigu d’un épervier qui monte
Rougeur limpide du soir,
Tout le vaste écho d’un monde.

Légèreté

Le chant de la bruyère
Jusque dans l’enclos ivre
De mousses et d’oronges
Au pépiement d’une clairière
S’envolent les oiseaux,
La fauvette et la mésange,
Éclaboussant les ruisseaux
Léger à la tremblante rive.
C’est un été, c’est un hiver,
C’est la joie de la terre.
L’âme a ses épaules et puis sa chair
Dans les blés de nos branches,
A la pulpe du matin,
Savamment, guérit du froid,
Le vent de tes joues,
Hébétude du vieux hibou,
C’est dans les prunelles,
Cueillies au regard fusain,
Surprenant la robe miel,
D’une biche farouche et de certains daims.
Ils vont vers la terre en friche,
Retrouver le blé du ciel,
Le serment et le grain.

La ville était silencieuse

Du ciel pastel,
Je garde auprès de toi,
Le rouge vif,
Quelques boutons à peine éclos,
Myosotis et pétales d’or,
Mes pas lentement,
Je vous ai vus passer.
Les yeux se sont accrochés,
Aux couleurs délavées.
La ville était silencieuse ;
Quelques adolescents,
Sur les bancs.
Je marcherai,
Longeant le ruisseau.

Retour

Quelques bourgeons attrapés
Dans le murmure crépusculaire,
Quel était donc le chant des murailles,
Que signifiait le langage nébulaire,
Si de mélancolie mon souffle suspendu,
Au rossignol, les roses épandues,
Mon cœur s’était-il alangui ?
Ou bien était-ce l’aveu de nos mots consentis ?
Je suis rentrée dans le songe d’une gare,
Puis perdue, le chemin devint rose sauvage.
Perché très haut, il parla longtemps,
Et sa silhouette devint mon chant éperdu.

Souvenir

Les uns avaient des dettes,
Les autres des soucis.
J’ai jeté à la mer
Les pensées incongrues.
J’ai couru surprenant le grain,
Il m’avait attendue
Comme on attend,
l’inattendu,
Je n’ai pas été l’esclave,
Ni même rien prétendu,
Dans l’ivresse du temps.
Je me suis souvenue.