Doux présage

Est-on délivré d’amour,
Quand il est la seule réalité,
Quand il fait de vous sa vérité,
Puis qu’il efface toute trace,
Qu’il fait succomber l’infamie,
Et balaie de sa superbe
Tyrans et jougs innommables ?
Comment se défaire de son doux piège ?
Il est un lieu d’où l’on ne revient pas.
Il imbibe notre cœur et nous désarme,
Face à l’opulence de sa loi.
Il n’est que clapotis et sources vives.
Je n’en sors pas et vais flottante,
Égarée au milieu des épanchements,
De saveurs inéluctables.
Tel est le monde que je côtoie.
Sans doute, n’en est-il pas d’autre,
Et nous finissons comme nous sommes venus,
Déployés dans un cœur immense,
Tel le doux présage d’une ébauche inégalée.
Je remercie l’enfant de la pluie,
Des fraîches lueurs de notre Poète-Roi,
Je remercie la vie, le bruissement effusif,
Des beautés offertes dans l’intemporalité,
Semence du cœur étreint de complicité,
Vive, caracolant sur les brises.
Je ne partirai pas en vain,
Puisque l’enfant remercie de ses maigres pitances
La joie charnue des sentiers de la présence.
Je partirai avec l’amour.
C’est ainsi que je veux mourir,
Percluse d’amour pour toujours.

Cœurs blessés

Dans l’ombrage dont semblent nous vêtir certaines liqueurs,
J’entends le cri de désespoir des plus grands soubresauts.
Parfois, d’oublier sur le chemin le grand savoir de nos cœurs,
Un écheveau de larmes, une téméraire dérision,
La misère des voix de nos frères et veuillez m’expliquer
Ce déni sans plus que nos mains atteignent les rives mortifères,
Pourchasser par les bruits de l’insolente répression,
Veuillez me dire pourquoi l’homme s’efface et laisse agir les pourceaux ?
Dans nos bulles, comment garder nos larmes, cette triste misère ?
Certains hommes n’ont pas oublié et nous allons les trouver.
J’aime les cœurs blessés, dans leur tourmente vérité,
Je n’ai pu les quitter et continue de les aimer.

Sans prévenir

Appelle-moi au petit jour et sans prévenir !
Garde-moi dans le creux de ton murmure,
Ne me préviens pas, non, verse donc ces épîtres,
Comme le suc savamment gorgé d’entretiens libres,
A l’ombre des palabres, sans aucune versatile mesure,
Puisque s’éteignent les feux de mercure,
L’incendie sans que ne brûle le désir.
Appelle-moi au lieu de tes convenances,
Puis respirons ces grands débats,
Sans que ne soient les théâtraux adieux,
Puisque dans ce silence sans émoi,
Le vin a fait son offrande à Dieu.
Des roses mûries à l’été qui s’annonce,
Je pars, sans attendre, sur un chemin,
Bordé de tes luxuriantes confidences.
Appelle-moi donc sans me saisir,
Puis des soubresauts, que l’on en finisse !
Les prairies ont le goût du délire,
Alors, je m’enivre des boutons de soie.
Le printemps ne meurt pas,
Et je gage que la vie soit plus forte.
Appelle-moi dans le creux de tes bras
Quelle est donc cette folie de l’au-delà ?
L’intense que voilà ne s’explique pas.

Grâce et souplesse

Quand donc sommes-nous responsables ?
Quand donc avons-nous fauté ?
Quand l’éternité a fui nos carnations,
Tout le monde s’est mis à éternuer.

Pour tout réintégrer, il faut certains labyrinthes.
Sommes-nous en prison pour l’éternité ?
Je préfère, quant à vivre toujours,
Choisir un nid nimbé d’amour.
Il y a bien longtemps, quelqu’un me confia ce secret.
Mais de quel amour parle-t-on ?
Celui qui dure un jour
Ou bien ou bien l’amour de toujours ?
S’il fallait butiner, j’irai ça et là
Et je ramènerais des légèretés.
Quant à mourir, mourons noblement.
Libre comme le vent et éternuons de nouveau :
Grâce et souplesse d’une question.

Le soleil s’est allongé

Petite pluie fine en bulles insouciantes,
Le soleil t’a rattrapé et nous avons dansé,
Quand chaque fleur descendue du ciel,
Nous a inondé de simplicité ;
Que nous as-tu donc ramené ?
L’eau qui nous a émerveillé.
Pour chaque seconde délicate,
Pour chaque parole de sincérité,
Nous avons disparu, envolé !
Le tableau s’est effacé.
Et que reste-t-il de l’autre côté ?
– Des fruits mûrs, des baies sauvages,
Du jus à volonté, des grappes de joie,
Des moments rayonnant de légèreté.

Jusqu’où peut-on s’effacer ?
Mais quoi ? Faut-il, là, s’évanouir,
Quand tout a commencé ?
Je sais, le soleil s’est allongé.
As-tu vu la lune se lever ?

La tentation de mourir

La tentation de mourir,
Jusqu’au bout de la pointe,
Comme s’évanouir,
Pour simplement recueillir,
La goutte qui suinte.
J’aimerais être la rosée du matin,
Se faner de languir,
Aux soupirs du soleil incertain.
La tentation de fuir,
Sur les ailes d’une aube saisissante,
De rester au silence qui soupire,
D’aimer sans être impatiente,
Valser sur l’or de ton sourire,
Vois-tu ce qui me retient ?

Le rêve

Si je n’avais laissé le rêve m’envahir, totalement m’investir,
La vie n’aurait jamais eu la saveur du rêve, ni même son odeur.
Si je n’avais pas laissé le rêve m’enlacer, m’épuiser de sa ténacité,
Si je n’avais pas laissé le rêve s’incarner dans la chair de mon cœur,
Si je n’avais pas rêvé de la vie puissamment, je n’aurais rien goûté,
Mais le rêve m’a rattrapée comme ne me laissant aucune trêve,
Dans sa force et sa folie, j’ai entendu quelqu’un me parler,
Puis, il est venu jusque dans mon silence m’émerveiller,
Le rêve si ardemment désiré, quand de mes soupirs s’est emparé,
Puis il m’a jeté au pied de la falaise et a ri de mon impiété.
Il a chevauché mes transes, mes itinérances au parfum de lui,
Puis m’a ramenée jusque dans les vagues de ma crucialité,
J’ai vu à ce moment le rêve devenir réalité et m’en suis étonnée.
Maintenant, je sais que le rêve est plus fort qu’une quelconque crudité.
En lui, sans faillir, me suis totalement abandonnée.
Je lui ai enfin parlé, l’ai placé au creux de mes rêves,
Du songe à la vérité, ne me suis guère éloignée,
Lui ai confié tous mes rêves et lui de me conquérir,
Sans que je ne sache plus si du rêve je désire me réveiller,
Puisque s’est estompé le monde et que je n’ai plus rien à offrir,
Dans les bras du rêve, j’ai vécu les moments inachevés de notre éternité.