Frère et soeur

Si je ne suis que femme, alors, même le chemin des étoiles ne me suffit plus et ce sont les confidences de la lune qui me retiennent, mais si je suis esprit alors les rayons du soleil ont transpercé les vagues de l’océan et la nuit est soudain sertie de ta présence. Anticipation, je m’évanouis dans la perle turquoise. Rêve, je surgis de ton jour. Si je ne suis que femme, je m’évade à l’aurore de ton absence. Si tu es homme, je n’ai pas peur. Le crépuscule est devenu un corps. Mais si tu es mon frère, je suis éternellement ta soeur. Je m’assois et mon coeur devient ta lune.

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Tout commence

Le sillage est intemporel et je me souviens, et je me souviens, alors que je gisais sur la terre d’un autre monde, et lors qu’au creux d’un lit d’éther, mon souffle continuait, continuait, à Te mémorer dans l’antre d’une caverne, Tu es venu me donner au Rappel, Tu es venu me donner au Rappel, et c’est là, dans le désert que la pluie a son sens, et c’est là que je respire sans discontinuer, pour absorber Ton accord, celui en ré majeur. Chaque couleur avait son ciel et chaque ciel avait sa merveille. Comment puis-je l’oublier alors que de Ta main, l’océan s’ouvre encore ? Tu peux me dire des choses, tu peux m’en dire d’autres, je fais « oui » de la tête, le sourire aux lèvres. Tu m’as chantée et je T’ai chanté, mon corps devenu celui qui aime. Je marche encore dans la ville, le soleil éclaboussant son indolence, et la brise murmure dans l’étroite ruelle. Je meurs à chaque instant, et chaque instant me réveille. Ai-je bien clamé le vol d’une trentaine de tourterelles par-dessus le clocher vermeil ? Cette blancheur, est-ce la mouette qui vient des mers lointaines, m’invitant au voyage torrentiel ? Je suis morte à chaque souffle du puissant et magistral écartèlement. Ne sens-tu pas vibrer l’Amour d’une multitude de jours ? Comment vivre et mourir d’Amour ? C’est ici, c’est ici, c’est encore, c’est l’élan d’une création entière, alors que tout commence, dans la nuit la plus obscure.

Soleil et Lune

La sagesse consiste à prendre le temps de peser toutes choses et de se laisser irriguer des réalités de la vie profonde. Vivre au rythme du pouls terrestre, regarder les nuages, les fleurs, tout cela ne peut être une anecdote en passant. Quand je le vis, je me lançais à corps perdu, à corps abandonné dans les bras de son étonnante magnanimité, dans les confins de sa préciosité. Cela peut sembler aussi fin qu’un cheveu, cela peut ressembler à un proton, l’effet d’une touche précise et délicate. Cela peut aussi ressembler à des milliers d’années-lumières, à une myriade de constellations, aux vents les plus improbables de millions d’étoiles. Tant que le soleil suit sa lune, que voulez-vous qu’il advienne ? Tant que la lune suit son soleil, que voulez-vous qu’il advienne ? Tant que l’Amour est la plus puissante des lumières, et qu’un orbite se met à poursuivre ce qui le poursuit, vous ne craignez rien et vous êtes forts de cette Joie incommensurable qui vous saisit perpétuellement. Celle-ci est le plus grand de tous les boucliers. Voyez comme la lune rit aux éclats, et comme le soleil est fidèle à son amante !

Vivre

Mourir de faim, trébucher sur la souche de notre crucialité, se tordre de douleur comme le pauvre linge que l’on essore, se jeter dans l’océan de l’aspiration et ne plus en revenir, ne plus même oser regarder en arrière, en cet instant, car cet instant nous prend en otage et nous jette sur les flans d’une mer forcenée. Mais rire à s’étourdir, à ne plus lâcher le sort, trépassement du moi inquisiteur et comme nous emporte une vague, puis une autre et encore et encore ! Mourir de soif, les lèvres exsangues de ta secrète attente, mais qu’attendre, qu’attendre, enfin dites-le moi donc, pour que s’apaise mon insolite florilège, élancé par-delà la raison, car, aucune raison ne raisonne l’Amour et l’Amour, tout comme la mort, prend tous les visages et en Lui, je me noie sans jamais résister à sa puissance. Et rire, encore une autre fois, des éclaboussures de l’écume vaporeuse, et ressentir l’étroitesse d’une poitrine, et puis rire encore et voler, comme certains matins, des ailes de nos élans d’Amour, car seul l’Amour nous vainc et rien d’autre, ici, ne nous empêche d’étreindre la folie à bras-le-corps et surtout, surtout, ne plus regarder les cœurs frigides, les cerveaux insipides, la prison des banalités, s’élancer de nouveau ivre et se laisser vivre dans la force de notre Aimé.

Peinture de Charles Courtney Curran

Le verbe d’un arbre

N’ai-je pas déjà écrit sur l’épaisseur d’un tronc millénaire, et n’ai-je pas laissé le temps s’effacer par une grâce inextinguible et n’ai-je pas cessé d’exister pour trouver ce qui ne se dit plus, quand même remontent certaines effluves depuis l’éternel rappel de l’instant vermeil ? C’est au-dessus d’une montagne bleue que s’entendent les discours les plus culminants de la rencontre et si d’emblée, les mots ont leur transe, c’est qu’au rubis de leur secret, ils parlent de ce qui ne s’est jamais vu, ni même raconté. C’est là, dans le crucial instant que je vais, faisant le témoignage d’une réalité d’une autre réalité, quand même les ruptures de la connaissance ont l’effet d’une méconnaissance, l’on nous convie au moment le plus extrême de la certitude et tout parle comme pour nous envelopper et nous relayer dans le monde d’un autre monde. Quelle échappée des harmonieuses concordances quand le Tout s’est écrié et a irradié le cœur de la conscience ! Traversée épanchée de la reconnaissance. Ainsi parla le commencement, puis ainsi s’accorda la fin. Entre les deux, naquit l’enfant du présent, fécondé dans la pureté inégalée de la présence. Il parla. Il se mit à conter l’invraisemblable dans un monde figé. Je fus saisie par la douceur de son verbe et les larmes jaillirent des profondeurs d’une cascade incarnée.

Cordée

Je ne marcherai jamais sans tenir fermement notre cordée, comme le seul lien de vie, car, est-il une autre exaltation que celui de ce souffle qui compte presque imperceptiblement chaque touche sur le doux clavier de notre marche en cadence ? Notre cordée nous tient aussi solidement qu’une brise sur le front impalpable de notre rencontre et jamais je ne méconnaitrais notre complice intimité, ni notre amour-amitié ; jamais, je ne lui jetterai la moindre ombre, puisque tout est lumière, étonnant élan qui n’en finit pas de s’épancher dans le tressautement de notre enchantement. Jamais, je ne renierai la plus infime de notre entente et même si mésentente il est, elle n’est qu’entente cachée. Jamais, je ne renierai rien de ce nous, ni de ce qui se vit dans l’enthousiasme d’un cœur irréversiblement irrigué. Chaque fois, je reviendrai, car mon cœur connaît le chemin de l’Amour et chaque fois qu’il le retrouve, il danse à tue-tête sans se soucier ni de toi, ni de moi.

Tempête

Prolifiques emphases d’un soubresaut semblable à un mirage, mais Oh combien simple en cette brassée de santal. Abondance que l’on cache avec des haillons au sortir d’une sorte de vase, alors que les rivages dansent et flottent sur les embarcadères de tous nos voyages. Les cruciales vaporeuses d’une mousseline sans voilage, l’on remonte le temps qui se pose, enfin sur l’indicible rose. Le vent fait rage et plaque le corps tout contre le surprenant érable, tandis que ses bras enchantent le tremblement saisonnier d’une phrase. J’irai seule, brandissant un carnet, puis une plume, traçant le sillon d’une herbe grasse et dans un ravin de brume, je t’attendrai, de sorte que les senteurs boisées avivent mon cœur rivé éternellement à ton regard. Comme la tempête devient ma douceur aigüe, et comme serrant fort nos écumes sauvages, je marche ininterrompue de ta soif.

Peinture de John William Waterhouse

Où aller ?

Seule, je sortais et faisais le tour du parc plusieurs fois. Il s’agissait d’un grand parc, peu fréquenté, au demeurant, mais riche d’endroits où l’on pouvait s’arracher du « moi ». Un grand lac, où nageaient plusieurs canards, m’attirait irrésistiblement. Des pontons, bordés de joncs et de massettes, avaient été aménagés et lorsque le soleil réchauffait suffisamment l’endroit, je m’y asseyais et pratiquais une longue méditation. Les canards s’approchaient, et leur présence me mettait dans le plus grand des émois. Je finissais par regarder leur manège avec beaucoup d’amusement. J’écoutais leur conversation parfois très véhémente. Il fallait vraiment voir comment certains se disputaient et comment leur chef, bien avisé, les remettait à leur place. J’observais ces scènes, oubliant le temps qui passe. La nature m’a toujours fait sourire. Je trouve les animaux bien plus humains. Quel ne fut pas mon ravissement lorsque je fus saisie un matin, par le vol d’un héron ! La blancheur de ses ailes avait empli le ciel et il irradiait tel un astre dans la nuit. Il m’arrivait de sortir aussi très tard, souvent vers minuit. J’aspirai à ce que la voûte céleste s’entrouvre et m’emmène ; je murmurais inlassablement cette phrase qui a fait toute ma vie : où aller ?

J’appelais l’invisible, celui que l’on palpe de ses doigts, et j’appelais avec toute l’intensité du bouleversement intérieur, cet invisible qui palpitait au-delà de la raison. Il ne s’agit pas d’une émotion, ni d’une intuition. Le destin cogne si fort que vous courez dans le sens de cet appel. Vous effleurez le ciel avec votre cœur, ou bien est-ce tout simplement lui qui vous effleure ? Vous ne savez plus.

Vous rencontrez alors les dix mille étoiles vivantes de votre espace, vous valsez avec les étoiles de votre éternelle rencontre, et vous comprenez que ces âmes qui vous émeuvent sont les âmes que vous avez déjà rencontrées dans un autre monde et le ciel se déchire, et les âmes accourent, vous les reconnaissez et vous les aimez en silence.

Illustration de Tijana Lucovik

Beauté

La beauté me fit m’asseoir et je ne vis plus rien d’autre. La folie me tint tantôt silencieuse, et tantôt, je ne pouvais plus tenir son ardeur. Je trouvais partout de quoi me taire, mais le silence me fit souvent parler. Il est des retraites singulières qui vous font renoncer à tout, et quand vous pensez qu’il n’y a plus rien, vous êtes emplis tout entier de l’instant éternel. Que peut-il encore vous manquer ?

Peinture de Le Pho (Vietnam 1907-France 2001)

Véracité

Rythme lent d’un cœur au diapason avec le souffle léger et imperceptible d’une brise, les pas saccadés d’une tendre marche amicale, le chemin nous enserrant à bras-le-corps, tandis que la vie semble s’arrêter en une courte pulsation, et la nuit vibre d’elle-même. L’immobilité des arbres est presque accablante, tandis que la ville se repose. En ce ciel, ampleur d’un encrier bleuté de nuit, y baigne un livre flottant en la forme achevée d’un croissant lumineux. L’odeur prégnante du tilleul m’étourdit. Je reste à genoux près de la fenêtre et je baisse la tête. Les yeux béats qui s’ouvrent à la joie de te voir. Le visage s’illumine par ton apparition. Il s’agit de la simple joie de rencontrer délicatesse d’un pinceau de Maître, pinceau qui souligne la noblesse et la véracité de ton être.