L’île

Il est une île ;
S’est-elle soulevée ?
Je vole.

Un héron passe au-dessus des nuages et le ciel s’éclaire. La blancheur évanescente de ses ailes et son long cou deviennent une montagne. Que vois-je ? Qu’est-ce donc que tout ceci ? La huppe toque à la fenêtre et je vois les deux yeux d’une créature impressionnante. Est-ce un ange ? Il se tient sur le toit du monde et s’exprime par le regard pénétrant. Chose étonnante, je comprends son langage. Mon cœur tumultueux devient cette île et le ciel s’y introduit comme le puissant faisceau d’un au-delà.

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A l’intérieur

.

A l’intérieur, douceur,
Le cœur, ces pas vers Toi,
Chemin taillé dans la nuit.
A l’intérieur, lenteur,
Ivre d’avoir bu les roses
Pétale de fleur,
Infime,
Et ta voix qui creuse,
Me saisit :
Parfum de cerises,
A l’intérieur, libre,
Retenue par mes pas, bien retenus
Comme tu tournoies !
Gorgée de pluie,
Les simples fruits,
Laisse-moi T’aimer,
Sur le chemin de nos pas,
Tandis que les hautes herbes,
S’étonnent,
Le ciel vacille au-dessus,
Dis-moi,
Libre, je le suis !
Vol d’un papillon,
Libellule bleue,
Je ris et je pleure :
L’âme d’une femme n’est plus
Qu’une main,
Sur la joue rugueuse,
D’un soir et d’un matin,
La pendule et l’horloge,
Le cœur étreint
Mon Être Un.

. _______

Peinture de Leon Frederic 1894

L’instant

.

Je n’ai pas vécu,
Je n’ai pas su vivre,
Ne me dis pas autre chose !
Au creuset des mots,
Le bol d’un moine me convenait.
Je n’ai pas vécu,
Tout à la flamme d’une chandelle,
Ses syllabées faisant de moi l’impossible hôte.
Non ! Je n’ai pas su vivre dans l’étamine d’une hirondelle,
Ni même dans les coins de ma maison,
Goutte après goutte,
Un océan noyait mes vagues,
Du flux de ses tourmentes ;
Balayant les rivages.
Je n’ai pas vécu,
Portant la semence,
Elle, parlant depuis mes entrailles,
Ces enfants que je promène,
Sur le dos, voûtée de joie,
L’insensée galopante,
Partout, la folie de l’étrangeté.
Je n’ai pas vécu,
Le trouble de mes printemps,
Le jaillissement de son pollen,
Le crépuscule des arbres,
Leur feuillage semblable aux mains haletantes,
Crépitement au passage d’un vent.
Je n’ai rien vécu,
Dans les scintillements d’une neige,
Ni plus saisis les encolures d’un nuage,
Perdue dans les soubresauts de mes rêves.
Qu’ai-je vu ?
Qu’ai-je entendu ?
Il pleure du sang de mon étreinte,
Des serrements de mon aspiration,
Des solitudes de nos étoiles gouvernantes,
Des furtifs tremblements du souffle ardent,
Des vertiges d’une floraison,
L’embrasement des larmes éteintes,
Aux sillons de ma non-existence.
Non ! Ne me dis rien !
Puisque je n’ai vécu qu’un instant,
L’ombre d’un platane,
Les rires et les joies,
Les corps que j’ai touchés,
Mon père, ma mère,
L’instant d’une vision,
L’apnée d’un silence,
Et tout tient dans la main de l’Amant.

Ciel

J’ai vu le ciel palpiter,
C’est là que je vis,
Des corolles d’azurée.

Je n’irai pas ailleurs,
Ma douceur d’éternité :
T’avoir rencontré.

Je ne changerai pas une seconde,
Te parler encore,
T’aimer.

Vision

Le monde a disparu,
Englouti,
Et voici que suspendu,
L’étang sème,
Flottement impromptu,
Je meurs à l’instant,
Plaines éternelles,
Le son des gloires des inconquis.
Entends-tu la vision qui égrène ?
Etrange oraison,
Sur un fil inconnu.
Le monde a disparu,
Qui donc est apparu ?