Thé

Le thé infuse,
L’heure dite profuse,
Un geste délicat.

Il est une cérémonie constante, et les convives, généralement, sont dans le recueillement, non pas qu’ils soient dans une posture, mais parce que le firmament s’est logé en leur âme conquise et ils cultivent abondamment, le geste et la mesure. Voyez plus loin, les branches d’un arbre sont devenues la souplesse exquise d’un mouvement de bras.

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Orage

Eau qu’érode la vision,
Le sol s’émeut,
Odeur de pluie.

La foudre frappe au pied d’un arbre fiévreux, et la terre tremble. La puissance d’un ciel chargé d’étoiles. Je m’en souviens. La traversée fut longue et le silence plus encore. Il n’est d’autre vie qu’en cette force. J’entends le lion rugir et les plaines courir. Son ombre est une foudroyante lumière qu’arrachent les semences du long trépas. Sa crinière est ivresse et ses yeux un miroir flamboyant. Qu’advient-il quand le lion mange sa proie ?

Prunelle

.

Je plongeai dans tes yeux,
Prunelle de ton cœur,
C’est là que je me baigne.

Je ne sais pas en revenir. Que pensais-tu qu’il arrivât lors que l’océan t’engloutit ? Le cœur palpite.

Erosion

Dans l’érosion d’une usure,
La lune est née,
J’entends Ton chant.

Une goutte s’est écoulée depuis le ciselet, une sueur du labeur du cœur esseulé, et les yeux ont ces élans de douceur, mon Ami, mon Bien-Aimé. Sur le sol de la poussière éprouvée, la solitude a fait fleurir un sourire, et comme nous nous sommes étreints, mon Ami, comme nous nous sommes épaulés !

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Peinture de Montserrat Gudiol

Le ciel transperce

Au-dessus de la montagne,
Le ciel transperce,
Le cœur Te reconnaît.

Chaque chose devient une confidence et Tu me dis ces secrets qui ont le goût des perles odorées. Le cœur du roitelet, les frondaisons opulentes, l’arbre majestueux, mille mondes jaillissent et mille autres encore. Je me suis arrêtée, et j’écoute. Entends-tu mon ami ? Entends-tu le passage du lézard sous les branches ? Il me raconte l’histoire d’un muret. Je le suis en riant. Combien de fois me suis-je perdue, même devant l’araignée ? Une herbe s’agite et je lui tends la main. Le blé danse, parsemé, ici ou là, dans un jardin luxuriant. Il a parlé. Sans Toi, je n’ai pas de cœur.

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Peinture de Phoebe Anna Traquair (1852-1936)

Confidence d’une fauvette

Le cœur d’une fauvette,
Me confie mille petits mots,
Le chant et la retenue.

Lente rêverie sur le sentier ; La solitude d’une réalité vibre au même moment et l’Amour creuse un sillon depuis la source jusqu’à la vallée. J’aime mourir à chaque instant. Le temps s’est arrêté. Il n’existe plus. Ô mort qui devient vie ! Ô mort, je sais que tu es vérité. Mort ! Qu’as-tu fais de moi ? La mort est Amour.

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Peinture de Juan Manuel Hernández

Royaume

Le son court,
L’univers centré,
L’harmonie pure.

L’état d’un cœur qui bat ; cessent toutes projections ; la courbure d’un navire ; les vagues évanouies dans la résorption d’un souffle ; grandeur d’un Royaume.