Erosion

Dans l’érosion d’une usure,
La lune est née,
J’entends Ton chant.

Une goutte s’est écoulée depuis le ciselet, une sueur du labeur du cœur esseulé, et les yeux ont ces élans de douceur, mon Ami, mon Bien-Aimé. Sur le sol de la poussière éprouvée, la solitude a fait fleurir un sourire, et comme nous nous sommes étreints, mon Ami, comme nous nous sommes épaulés !

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Peinture de Montserrat Gudiol

Le ciel transperce

Au-dessus de la montagne,
Le ciel transperce,
Le cœur Te reconnaît.

Chaque chose devient une confidence et Tu me dis ces secrets qui ont le goût des perles odorées. Le cœur du roitelet, les frondaisons opulentes, l’arbre majestueux, mille mondes jaillissent et mille autres encore. Je me suis arrêtée, et j’écoute. Entends-tu mon ami ? Entends-tu le passage du lézard sous les branches ? Il me raconte l’histoire d’un muret. Je le suis en riant. Combien de fois me suis-je perdue, même devant l’araignée ? Une herbe s’agite et je lui tends la main. Le blé danse, parsemé, ici ou là, dans un jardin luxuriant. Il a parlé. Sans Toi, je n’ai pas de cœur.

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Peinture de Phoebe Anna Traquair (1852-1936)

Confidence d’une fauvette

Le cœur d’une fauvette,
Me confie mille petits mots,
Le chant et la retenue.

Lente rêverie sur le sentier ; La solitude d’une réalité vibre au même moment et l’Amour creuse un sillon depuis la source jusqu’à la vallée. J’aime mourir à chaque instant. Le temps s’est arrêté. Il n’existe plus. Ô mort qui devient vie ! Ô mort, je sais que tu es vérité. Mort ! Qu’as-tu fais de moi ? La mort est Amour.

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Peinture de Juan Manuel Hernández

Royaume

Le son court,
L’univers centré,
L’harmonie pure.

L’état d’un cœur qui bat ; cessent toutes projections ; la courbure d’un navire ; les vagues évanouies dans la résorption d’un souffle ; grandeur d’un Royaume.

L’île

Il est une île ;
S’est-elle soulevée ?
Je vole.

Un héron passe au-dessus des nuages et le ciel s’éclaire. La blancheur évanescente de ses ailes et son long cou deviennent une montagne. Que vois-je ? Qu’est-ce donc que tout ceci ? La huppe toque à la fenêtre et je vois les deux yeux d’une créature impressionnante. Est-ce un ange ? Il se tient sur le toit du monde et s’exprime par le regard pénétrant. Chose étonnante, je comprends son langage. Mon cœur tumultueux devient cette île et le ciel s’y introduit comme le puissant faisceau d’un au-delà.

A l’intérieur

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A l’intérieur, douceur,
Le cœur, ces pas vers Toi,
Chemin taillé dans la nuit.
A l’intérieur, lenteur,
Ivre d’avoir bu les roses
Pétale de fleur,
Infime,
Et ta voix qui creuse,
Me saisit :
Parfum de cerises,
A l’intérieur, libre,
Retenue par mes pas, bien retenus
Comme tu tournoies !
Gorgée de pluie,
Les simples fruits,
Laisse-moi T’aimer,
Sur le chemin de nos pas,
Tandis que les hautes herbes,
S’étonnent,
Le ciel vacille au-dessus,
Dis-moi,
Libre, je le suis !
Vol d’un papillon,
Libellule bleue,
Je ris et je pleure :
L’âme d’une femme n’est plus
Qu’une main,
Sur la joue rugueuse,
D’un soir et d’un matin,
La pendule et l’horloge,
Le cœur étreint
Mon Être Un.

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Peinture de Leon Frederic 1894