L’autre monde

Tu vins depuis un autre monde, et tout de toi me le disait. Nous chantions des volutes de regards et je penchais la tête, si près de ton épaule, tandis que s’évanouissaient les rivages. Tu vins depuis la densité des prairies, et j’écoutais ta voix, hissée jusqu’aux arbres, car d’eux nous fûmes traversés par les brises venues des pays lointains. Les branches devenaient des mâts et des cordes, les voiles d’un navire voguant sur un océan aimanté. J’aimais te déclamer les verbes de l’azurée et tu lisais, oui tu lisais dans le silence qui frémissait de ta voix grave, et nous dansions, ivres, oui nous dansions, entrelacés par le chêne et le platane. Bénis soient ces jours ! Tu vins, Ô étranger, tu vins et le monde s’effaçait tandis que l’univers nous accueillait avec les bras de Cassiopée. Nous remontâmes les déluges, et nous visitâmes les corps célestes. Nous dépassâmes la Terre, le Soleil et la Lune. Nous vîmes les planètes s’aligner en une ronde et nous les saluâmes, tandis que dans la Paume Divine, le monde se tenait en un minuscule point. Le jardin était un autre jardin. Ta lumière inondait l’aurore de mon âme et je découvris une autre Terre, un Eden subtil, une efflorescence d’un vert rayonnant. Les cascades ressemblaient aux cascades, mais, ce n’était pas les cascades. L’eau ruisselait telle une multitude de soleils fondus dans une effusion crépitante de joie.

Tu m’enseignas chacune des vallées aux couleurs saisissantes. Tu m’enseignas la réalité de chaque conscience, des morcellements, des unités. Tu me fis voguer à travers la substance et l’essence, mais que dis-je ! Tu me donnas à comprendre les correspondances et leurs secrets. Tu m’ouvris les yeux de l’âme sans que je ne fusse à le chercher. Que savais-je ? Tu vins frôler les bosquets de ta magie, et allumas chaque recoin de notre vie. L’esprit descendit dans la Matière et celle-ci s’écartela. Elle donna à se révéler en un langage et loin de tout comprendre, mon cœur s’emballa : Ô l’esprit des choses ! L’esprit des choses ! La plume laissée par l’oiseau du firmament devint mon Calame et nous entrâmes encore plus profondément au sein de la Matière. Les cellules riaient. J’étais leur ôte, et je riais avec elles. Des milliers de lucioles jaillissantes, comme des milliers de bouches qui me parlaient. L’éclosion d’une myriade de joie, les retrouvailles de la Terre et du Ciel. Il ne me poussait pas des ailes, mais nous étions cela. Nous descendîmes encore plus loin, là où la lumière peine à parvenir. Pourtant, tout s’éclairait. Il s’agissait du sourire d’un pétale, d’une voûte d’un portique, d’une herbe animée par le vent, d’un rocher vêtue de mousse, d’une petite araignée, d’une course de buffle, d’un oiseau qui brise le ciel, d’une étoile de neige, de la vision d’une lune. Tout était éclat.

A l’aube, nous nous engageâmes dans les interminables souterrains, et nous entendîmes les paroles d’un sage. Il était l’inconnu. Assis, vêtu d’une robe blanche, il nous attendait. Il alluma un petit feu et notre Amour voulut s’accrocher aux flammes, voulut s’accrocher à chacune de ses lumières étourdissantes. Le grand sage nous fit comprendre que ce feu ne brulait pas. Il avait pour vertu de résorber les scories de notre âme. Nous nous mîmes à pleurer. Quel était donc ce miracle ? Le sage nous accueillit avec une tendresse inégalée. Nous l’aimâmes comme l’ayant toujours aimé. Ce fut l’évidence. Il représentait toutes les sagesses réunies au sein du Grand Monde. Il nous montra de très vieux ouvrages. Il pointa l’un et apposa sa belle main dessus. Vous trouverez tout ce que vous cherchez ici. Il caressa longtemps le cuir ancien du livre. Puis, il fit un geste en notre direction, posa sa main sur notre cœur subtil, c’est-à-dire au centre de notre poitrine. Un jour, nous nous retrouverons au Bassin des louanges et nous boirons ensemble de son eau, furent ses dernières paroles. Depuis, nous cherchons ce Bassin miraculeux. Il serait long de tout vous conter. Qui sait ? Nous le ferons peut-être, ici ou là.

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