Ensemencée

La prose a cela de doux, douceur d’un vieux sentier au beau milieu de la campagne automnale, et sans nous étourdir, malgré tout, alors que les pas se font dansants, menus, dans les parfois, les arbres posent sur nous un regard inégalé. Il nous vient ce rythme alangui, mais, loin derrière, la feuille pleure, nous émeut par sa délicate présence, et sur le sol, gravitent, en densité à peine mesurée, les bruns et les jaunes de leur craquelure. Non ! Non ! le cœur n’est plus celui d’une adolescente qui cherchait, avec la déchirure des crucialités, le pourquoi du monde, le pourquoi du pourquoi. Le cœur n’est plus tendu, pareil à une voile dans les tourmentes d’un océan tempêtueux, ni même, écorché par le vent vif des interminables hivers. Il ne reste plus de trace sur la blanche écume, ni même tous ces pourquoi.

Il répugnait à cette personne de redescendre dans le monde. Il lui répugnait de n’être pas folle, de ne pas être décalée, et de continuer l’envolée pour toujours. Il lui était insupportable de redescendre aux vibrations abruptes et figées, aux gestes sans vigueur et sans ténacité, aux murs implacables des ombres. Quelque chose s’était écarté. Une fissure, une brèche dans le mental ; une espèce de suspension, de souffle, d’apnée. C’est cela qu’elle avait cherché. Elle avait senti se matérialiser l’impalpable et tout son corps ébranlé avait cédé à la sublime vérité. Quelle était-elle donc ? Quelle était cette puissante vérité ? Cette inconnue qui vous touchait et vous transformait ? Mais, quelle était donc cette intensité lustrale qui venait tout pulvériser, tout conquérir, tout donner ? C’est ainsi que le sentier nous dévoile sa finalité et celui qui reconnaît, celui qui se met à lire, comprend la singularité d’une telle manifestation apothéotique. Celle-ci, au point culminant, se met à rire. Chaque fois, cette voix intérieure chante et relie. Elle fait le lien et s’étonne qu’un tel ouvrage soit. Cela est ! Il s’agit de la pureté. Elle est semblable à un lagon dont l’eau puise au soleil, la lecture d’une vie entière, ensemencée, ensemencée, ensemencée…

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Peinture de Alla Tsank

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