Montagne

Le milan doré,
Au ciel turquin,
A embrasé un arbre,
Montagne enserrée,
Que dis-tu de cette envolée ?
Au monde s’élève,
La continuité.
De ses ailes ensoleillées,
L’étreinte a chaviré.
Que nous montre cet arbre isolé ?
L’on sait la montagne,
De l’avoir épousée,
Puis le ciel descend,
Jusqu’à l’enchâssement,
L’anneau et la destinée.
Le corps disparaît,
Tout s’efface et le mot,
Vient heurter,
Le milan mordoré.
A nos yeux,
Le cœur s’entrouvre,
Un toit et un discours,
Bien plus bas,
La maison aux bleus volets.
Est-ce un écho ?
Est-ce un sursaut ?
Je m’en vais.

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Photographie de l’auteure

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Encore

Si je devais te répondre,
Je te répondrais.
Le rythme,
Mon pouls sur le rocher,
Je ne serais plus ici,
Je viendrais,
Le pas sur la grève.
Je n’ai plus de temps
Stupéfait !
Ni coursier,
Ni chevelure,
Ni même stature,
Ni encore sourcier,
Car, si je devais marcher,
Je marcherais,
Le flanc au vent,
Les yeux collés à la lecture.
Mais, si je devais lire,
Je lirais,
La plume
Et l’encolure,
Submergée au levant.
Et, si je devais me lier,
Je me lierais,
Les poignes d’une césure,
L’aube,
Eloquente !
Et, si je devais te faire le récit,
Je m’envelopperais d’un ruisseau,
Je saisirais la rose des mots,
La bouture des montagnes imposantes,
Le charme de la lenteur,
Et, si je devais te le dire,
Je te le dirais,
Sans jamais finir,
Je te le dirais encore.

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Peinture de Félix Mas

Tortue

Tortue avance !
Injonction ou non,
Tortue ma sœur,
J’ai vu passer,
Deux ou trois tourtereaux,
Bientôt,
Nous irons en cadence,
Tortue, ma maison,
Ton pas délicat,
A l’éléphant,
Fais une révérence,
Ton regard surprend,
L’audacieux singe,
La gazelle et le lapin.
Du linéaire vivace,
L’ordinaire,
Ma limace,
Fais un bond ou deux !
Mais tortue,
Ton chemin n’est pas une disgrâce,
Je vois une tarentule ou deux,
Sache qu’au fond de mes yeux,
Le sourire écorche les brumes,
Le ciel et la lune,
Alors, ma sœur sans relâche,
Nous marchons toutes deux,
Sans jamais nous prendre au sérieux.

If

Réverbération intense,
Au secret du limon,
La prunelle des ifs.

Saisir ou être saisie ? L’instant frémit tout éternellement, et le pas allégé, comme surpris, s’exclame de tant de beauté. J’aimerais ne jamais oublier, ne jamais oublier, ne jamais oublier, la grâce et la légèreté. J’aimerais ne jamais m’assoupir, l’instant de la visite de mon Bien-Aimé.

Fil d’une trame

Fil d’antan,
Les jours de laine,
Fil à l’azur,
La porte et son pêne,
Précieuse à la gâche !
Ruban de coton,
Blancs moutons,
Mais défile les nœuds,
Le rêve s’élève,
Grâce des Cieux.
Puis, Dame à l’ouvrage,
Combien de feuilles valsent ?
Je tins une page,
Ton livre est un gage.
Comme une flambée,
Sans même retombée,
La tour des âmes,
Le tambour proclame,
Une pomme verte !
Il n’est pas de peine,
L’aube souveraine,
L’été s’effaçant,
L’heure est suprême.
Souviens-toi : je t’aime !

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Nous étions trois, et nous chantions, les soirées longues de nos quinze ans ; puis une année passe et le chant reste ; nous rions et nous continuons : (Petit clin d’œil.)