Epopée

Acte I

Scène I, Rencontre avec la Muse Erato

Elle me dit : l’écriture au bout des mots,
Semble une éraflure sur la page,
Ne crois pas qu’ainsi les poètes écrivent,
Ils avancent dans les nuits du trouble,
Munis d’un incertain flambeau,
Et quand le lion approche,
Ils font une révérence,
Se transforment devant son regard puissant,
Puis, attendant qu’il les dévore,
Ils se tiennent immobiles,
Comme l’heure leur semble proche !

Elle ajoute avec l’incisive remembrance :
Des héros, j’ai vu passer des myriades de forme,
Crucialement transpercée,
Poignardée par l’écorchure de l’aube,
Puis, je les ai vus affalés,
Tous cherchant leur pitance.

Muse ! Te voilà saisissant mon armure,
Alors que je dois m’en aller.
Si de toi, j’ai fait ma bravoure,
Enchaîné par les liens de l’étroiture,
Mon jour s’évanouit et me sens dépossédé.
Muse ! je ne sais pas faire un pas sans Toi.
L’évidence des jours se déversent comme une fêlure,
Entends-tu mon cœur qui bat ?
Ce n’est point écrire qui me tient,
Mais, Toi, Ô Femme !
Ayant perçu ta silhouette,
Tes cheveux d’ébène,
Ton corps galbé d’éternité,
Je me suis jeté à tes pieds,
Que tu m’aimes ou me dédaignes,
Ta présence me donne à la mienne,
Et je tremble, Ô Savante, je tremble de Te perdre.
Ton parfum à la pointe du jour,
A ravi tous mes amours,
Et si le lion rôde,
N’est-il pas encore une ruse de Toi ?
Alors, je me tiens droit,
Et j’abaisse mes armes.

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