Le cap des anges

Le livre a l’odeur d’un biscuit brun ; quelques larmes de mer ont gondolé les pages et je tiens au vent un petit carnet rouge que j’avais tressé d’un ruban noir. J’écrivais des notes précieuses comme celles des secrets d’une adolescente, et j’y inscrivais aussi les impressions de mes lectures en cours. Je lisais, lentement, La Reine morte de Montherlant et levais parfois mon regard vers un ciel contenu de bleu et de soleil. La plage de sable fin et blanc était quasi déserte. Le cap des anges. Méconnu du grand public, nous y parvenions par une longue piste caillouteuse. Non loin, des pins s’élevaient et leur parfum enivrant caressait la plage. Il me semblait être seule, puisque, mue par l’appel de la présence, je m’éloignais de notre campement familial, et parcourais le sable fin en longeant les vagues. J’aspirais à graver l’instant par mon cœur et je lui parlais en proclamant sauvagement : Tu n’oublieras pas. J’y suis encore, et respire l’air marin. J’y suis encore et fidèle à cet instant, celui-ci revient et me dit : Je n’ai pas oublié. J’aimais l’intelligence de l’Infante, et ses paroles provoquaient en moi je ne sais quelle sorte d’extase. La beauté me submergeait. La beauté faisait de moi son esclave. Ou bien était-ce l’Amour ? Je ne sais plus. Je suis à marcher, ivre encore de l’Infante, ivre du soleil, du sable et des anges…

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Lao Tseu

沒有慾望的人不會抑鬱。 沒有抑鬱的人不會貶低自己。 所以真正的圣人在一切都发生的时候静静地等待,欲望什么都引导不了。 因此,和平與和諧發展,世界順其自然。

Qui ne désire pas ne se frustre pas. Et qui ne se frustre pas ne s’avilit pas. Ainsi, le véritable sage attend tranquillement, pendant que tout se passe et que les désirs ne dirigent rien. Ainsi, la paix et l’harmonie se développent et le monde suit son cours naturel.

Le monde est un Cantique

Combien de fois, à la lueur de la lune, les êtres insolites revêtus de moussus luxuriants, traçaient sur certaines roches agrippantes, nos rêves entremêlés, et c’est d’avoir longé les frondaisons odorantes que nos âmes, toutes deux, se sont épanchées abondamment. Nous marchions le cœur palpitant et nous semblions aussi grands que le vent. Elles parlaient, à l’aube naissante, ces vestiges du généreux Amant. Nous entrions dans le murmure et nous respirions l’exhalaison de nos élans, comme ne sachant plus vivre autrement. A l’heure qui trépasse, élégance d’une continuité, il est un soupir riche de sillons d’argents et nous reposons sans cesse, les clés du firmament sur quelques partitions de mousses. Nous ne savons rien et ce sont les bruyères qui nous ouvrent un mystérieux espace. Combien de chants opalins, de nacres ondoyants à nos lèvres sidérées par ces jaillissements ! L’or est un ruisseau dans lequel baignent certaines créatures apparues depuis la lune blanche, puis glissant vers les dunes d’un sortilège exaltant. L’onde sereine palpe l’horizon et dit : Comment ? Des petites ailes poussent pour taquiner les larmes de l’enfant. Comme elles effleurent ces allégresses et comme elles sont désormais la clarté secrète d’un enchantement ! Je les ai vues, mille fois et encore mille autre fois. Quand elles apparaissent, elles entament le plus beau des chants. Je répète tout comme l’onde : Comment ? Et ces êtres éthérés rient et dansent de par les grâces précieuses d’un cristallin. Alors, au fond des bois où je vis, un autre chant plus puissant s’élève et l’on me souffle : Vois ! le monde est un Cantique, et nos cœurs résonnent sans discontinuité, au pouls de notre Amant.

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Illustration de Georges Soper

Jardin

Nous nous sommes évadée,
Les hauteurs incontournables,
Quand du cœur de la femme,
Tu es loin d’avoir saisi le secret,
Car, aimer est au féminin,
De scintillantes flammes,
Alors que s’achève le matin,
Défroissé au contour de notre improbable,
Puisque du cœur de l’aimée,
Jaillissent les verbes de son âme,
Tout le mystère d’une prostration :
Un homme peut aimer comme une femme,
Lors qu’il éclot à sa divinité,
Il chante suave les mots de la passion,
Et de dérive en dérive, comme un forcené,
S’anéantit dans les vagues déchaînées.
Puis, une femme peut aimer comme un homme,
Née d’une incandescente cuisson,
Jusqu’à se tordre parmi les feux d’une fusion,
Usée par la douleur,
Tenant en son âme,
Le dernier sursaut.
D’aimer est illimité et sans concession,
Car, l’Amour est entier,
Il suscite la tranchante vérité,
Tandis que d’avoir hurlé,
Dans les sanglots que l’on étouffe,
Tel un rayon blessé,
Le corps entier transpercé,
Un jardin inconnu s’éveille,
Tressé des larmes de ta veillée,
Goutte à goutte,
Révèle l’immensité.

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Peinture de Scott Burdick

Harmonie

Comme doit être suave la douleur du lierre qui, aspergé de la force d’un mur, s’appuie à toute heure sur son compagnon ! Comme doit être langoureuse la veinure des feuilles, lors que la vigne goûte au ciel de toutes ses parures ! Comme doivent être aimantes les perles de l’aurore qui chantonnent sur les pétales de ton cœur ! Ô fleurs ! Il est des douceurs qui viennent éteindre les vagues de la parabole. La neige inscrit des oraisons au bleu profond de la nuit. L’un et l’autre sont apparus et dansent au relief de l’azur. Des siècles de regards élevés au ciel et à ce moment, l’arbre et la fleur se sont parlés. C’est là que je te vois, entre la douceur d’une envolée et les yeux scrutateurs et brillants d’un épervier. C’est là que je perçois ta lumière et que mon cœur s’y repose.