Hathor

Les âmes se rencontrent, n’en faisant plus qu’une et les âmes se parlent, se donnant au discours, qui s’émerveille lui-même, des cœurs qui se rejoignent. Les uns se sentent en danger, dans la forêt de leur inextricable nuit sans lumière, tandis que les autres sont emprunts d’une compassion universelle. Mais pourquoi ?

***

Je surpris un étrange animal au détours d’un chemin. Mais, l’était-ce véritablement ? Alors que j’avançais en sa direction, n’éprouvant, étonnement, aucune peur, me frayant un sentier parmi les hautes herbes, celui-ci, subitement, se transforma en une femme de haute stature et son maintien forçait incontestablement une admiration sans réserve. Je n’avais pourtant pas rêvé. Il m’avait bien semblé apercevoir une sorte de mi-fauve et de mi-vache au milieu des champs. Cependant, cette femme extraordinaire se tourna vers moi, et je vis, qu’au-dessus de sa tête, un immense soleil flottait, répandant une lumière si intense, que je faillis m’évanouir. Une voûte céleste s’ouvrit et révéla une myriade d’étoiles.

Cette femme attendait immobile et me souriait. Je m’enhardis à faire quelques pas. Il émanait de sa personne une telle force que je me sentis aussitôt noyée au sein d’un singulier et paradoxal gouffre d’Amour. Une brise légère s’éleva et nous enveloppa de douceur. Sans prononcer un seul mot, j’entendis distinctement ses yeux me parler. Je compris très vite, qu’elle me connaissait. Je fus de même surprise de constater qu’elle m’était intimement familière. Je ne me l’expliquais pas : l’évidence s’imposait. Soudain, il se passa une chose incroyable : son âme plongea dans la mienne, au point que je ne sus plus qui j’étais. Etais-je devenue cette femme, ou bien était-elle moi-même ? Cela dura un moment et je retins, de sa munificente présence, tous les mots qu’elle déversait en moi. Elle me confia deux clés qu’elle me recommanda de tenir fermement, tel un sceptre, dans le creux de mon cœur. Je fus submergée par une seconde vague d’Amour et mon corps disparut durant un moment qui me sembla une année, ou plus, peut-être. Alors qu’elle s’apprêtait à me quitter et, que je versais, sur ses deux douces mains jointes, mes larmes, elle souleva mon visage et me fit le plus grand et le plus lumineux des sourires. Ses derniers mots compénétrèrent mon âme ; les cellules de mon corps se dilatèrent et devinrent semblables à des milliers de reflets de lumière. Je suis Hathor, me déclara-elle, fille de Rê et de Nout, mais je suis aussi Sekhmet. Que les hommes se tiennent en garde car l’océan devient aussi l’océan de feu ! Je suis le visage de chaque instant et je me tiens à la lisière des troubles, prête à surgir telle que les hommes me cherchent. Je déverse en abondance le lait pour qui sait boire. Mais, je suis aussi Sekhmet, assoiffé de sang.

Après avoir entendu ces paroles, Hathor disparut et je vis, au loin, l’animal mythique envahir le ciel dans un rugissement terrifiant.

11 réflexions sur “Hathor

  1. Très jolie référence à l’Egypte ancienne où Hathor a rayonné sur des siècles, vénérée et aimée. Je me souviens de ses très belles représentations statuaires dans de nombreux temps, notamment celui de Deil et Bahari.

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