Mémoire d’une tombe

L’illusion sans discussion, celle qui vient agrémenter les oreillers délicats des lits abandonnés de tous nos draps. Il n’est guère de remontrance, ni guère d’outrance dans un rêve devenu l’errement de blancs nuages, ceux qui passent. La fin d’un monde. La fin d’un songe. Aux vestiges des chardons, le bourgeonnement du lilas. Cela n’a plus d’importance et aux portes des raisonnements, nous cessons tout bavardage et nous tenons bien plus au doux silence. Entends-tu le premier chant du merle dans les rues désertes et entends-tu le fredonnement de certains oiseaux qui révèlent leurs noms aux frissons d’une aurore ? A qui parles-tu ? Je me le demande. A qui parles-tu, si ce n’est à toi, dans le brouhaha des éloges et les sourdines d’un piano ? Je t’ai vu tenir une lance au lieu de brandir joyeusement les plumetis de l’apesanteur. As-tu vu cette épistémologique trace sur les ruines d’un discours parti en éclats ? La voudrais-tu saisir en posant sur elle, le regard d’une promenade ? L’illusion est une sorte d’ombre venue te faire le récit des dernières nouvelles d’un monde qui prend racine dans le cœur ému par la grâce d’une tombe, et j’aimerais te dire, combien l’Amour commence, et Il commence, là où s’arrête, souvent, la limite de nos bras.

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Peinture de Helen M. Turner

5 réflexions sur “Mémoire d’une tombe

    • Sans doute, le temps de respirer par ces mots, jusqu’à exprimer cela : aimer, aimer du vrai Amour, c’est s’avouer vaincu devant sa mystérieuse illimitation, et saisir qu’il nous dépasse vraiment. Nos bras ne suffisent plus… Merci Max-Louis.

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  1. Pingback: Parmi les sépulcres | Pays de poésie

  2. La servante au grand cœur dont vous étiez jalouse,
    Et qui dort son sommeil sous une humble pelouse,
    Nous devrions pourtant lui porter quelques fleurs.
    Les morts, les pauvres morts, ont de grandes douleurs,
    Et quand Octobre souffle, émondeur des vieux arbres,
    Son vent mélancolique à l’entour de leurs marbres,
    Certe, ils doivent trouver les vivants bien ingrats,
    De dormir, comme ils font, chaudement dans leurs draps,
    Tandis que, dévorés de noires songeries,
    Sans compagnon de lit, sans bonnes causeries,
    Vieux squelettes gelés travaillés par le ver,
    Ils sentent s’égoutter les neiges de l’hiver
    Et le siècle couler, sans qu’amis ni famille
    Remplacent les lambeaux qui pendent à leur grille.

    Lorsque la bûche siffle et chante, si le soir,
    Calme, dans le fauteuil je la voyais s’asseoir,
    Si, par une nuit bleue et froide de décembre,
    Je la trouvais tapie en un coin de ma chambre

    Grave, et venant du fond de son lit éternel
    Couver l’enfant grandi de son œil maternel,
    Que pourrais-je répondre à cette âme pieuse,
    Voyant tomber des pleurs de sa paupière creuse ?

    Charles Baudelaire

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