Je suis là

Il n’était pas tout à fait minuit. Elle travaillait sur un projet qui l’occupait depuis quelques jours. L’appartement était silencieux. Parfois, elle jetait un regard sur la nuit profonde qui semblait avoir couvert le grand parc d’un manteau noir. L’immense baie vitrée était située à sa droite. Elle était assise sur un fauteuil à bascule qui lui permettait ainsi de plier aisément ses jambes. Elle aimait particulièrement cette position. Quand elle se sentait lasse, elle se balançait lentement tout en plongeant son regard à l’extérieur. Parfois, elle se levait, enveloppée d’un châle et se tenait bien droite, face à la grande baie vitrée. Ses yeux semblaient captivés par quelque mystérieuse et inconnue destination. Le signal qu’un message lui était parvenu sur sa boite mail retentit. Elle fit un pas vers son bureau et consulta son courriel. Un message pour le moins inattendu, celui d’une récente relation virtuelle, commençait ainsi : Où que vous soyez, priez pour moi ! S. Elle lut et relut le mot, éprouvant soudain une peur indicible. La phrase résonnait pareil à un appel au secours. Que savait-elle du monde ? Elle vivait depuis des années comme une recluse. Peut-être cette personne l’alertait en un dernier recours avant de passer à l’acte funeste ? Il fallait lui donner le change… Coûte que coûte ! Cette personne était là, derrière l’écran, dans son espace secret. Elle la retint comme l’on se retient soi-même, la menant, peu à peu, à oublier son désarroi. Elle jeta une corde solide vers l’homme et écrivit : je suis là. Elle se mit à écrire tout et n’importe quoi, à tapoter sur ce clavier, juste le retenir, puis se retenir dans la nuit noire. Juste l’aimer comme on aime l’humanité entière, sans retenue.

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Peinture de Tom Roberts (1856 – 1931)

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4 réflexions sur “Je suis là

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  2. Histoire vraie
    2012- Il était dans sa cuisine, abattu, dans un désespoir suicidaire . J’essayais derrière mon écran de le soulager et de faire dissiper ses angoisses. Sa dulcinée ne répondait plus à ses messages. Lui en Belgique, ellle au Maroc. Après une idylle de plus de deux ans avec en vue la cage d’or, elle l’oublia.
    Je lui remontais le moral, que c’était le destin et qu’avec le temps, son cœur guérira . Il m’annonça qu’il a ouvert le robinet du gaz et qu’il allait voyager de l’autre côté, définitivement. A force de le ramener à la raison, il finit par abandonner son geste fatal. Son état psychique était lamentable . Je lui ai conseillé d’appeler le Samu, ce qu’il a fait. Après 15 jours d’hospitalisation, il se remit de son amour perdu.

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