Envolée

Je ne sais pas écrire, mais il m’écrit encore et révèle la page blanche, brunie au son de sa propre voix, celle qui résonne. Je ne sais pas écrire, mais il ouvre un livre et j’y saisis sa trace tout le long d’une farandole, légèreté éprise qui fait de moi une misérable folle. Je m’attache au vœu du vent, un nœud incorruptible, ses mains autour de la taille et je l’écoute pour le suivre, à chaque fois, chaque fois. Je poursuis l’aurore quand il arrive sans m’avertir, et je reste des heures pensives, de longues heures, voyageant vers les contrées lointaines d’où l’on ne revient pas. Au milieu du jour, je m’arrête et ne sais plus rien. Qu’arrive-t-il à une folle qui brise mille chemins et ris du sérieux de certains ? Je marche tout comme toi, surprise par les bribes d’un miroir où nagent deux canards ivres. Que s’est-il passé pour que la crudité mesquine s’efface et que l’âme éprouve cette joie ? As-tu ordonné que le monde change et que s’arrête enfin la bêtise ? As-tu effacé, de tes deux mains, ce réalisme qui tue les pauvres gens ? Je ne vis plus ce monde et c’est ailleurs que je voyage. Jamais, ici, rien ne se brise. Tout est pureté, douceur et profonde joie.

Peinture de Harry Watson (1871–1936)

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