Le salon

Parfois, le soleil s’immisçait crûment dans le salon. La porte fenêtre s’ouvrait large, sans retenue, et faisait entrer, de façon presque outrancière, ce soleil. La chaleur s’y engouffrait et venait se poser sur la grande table. Je m’y installais en ayant soin de préparer le lieu. Il fallait que la pièce respirât le silence et la quiétude. Personne ne croit qu’un espace est vivant. Personne n’imagine qu’un lieu est une véritable personne. Depuis ma plus tendre enfance, je considère ainsi la vie. Celle-ci est une personne à part entière. Elle m’appelle à toujours la considérer de la sorte. Je marche sur la pointe des pieds et je n’arrive pas à me détacher de la personne. Je pose mon regard sur chaque chose et chaque chose est une personne. Tantôt, il s’agit de la fenêtre, tantôt ce sont les rideaux, puis les meubles. Un objet devient un compagnon. Je le regarde et je l’entends me parler. Je respire l’air d’une pièce, sans la séparer de rien. Elle est aussi respiration. J’aperçois la poussière sur les meubles, et celle-ci me parle. Comment voulez-vous aller vite quand le monde entier est une personne ? Une multitude d’amis vous interpellent avec leur langage singulier. Il vous faut vous arrêter et prendre le temps. Que ce soient les abstractions, les choses, les lieux, les évènements, tout est une conversation. Ils vous enseignent leur discours. Ils ont des bouches que vous ne voyez pas. Sans doute faut-il pour cela devenir l’espace, le temps, le lieu, les objets, les yeux, afin de voir, afin d’entendre. Il vous faut devenir une personne aussi. (…)

Quand je m’installais dans le salon, je posais mon carnet et je regardais tout d’abord le stylo qui allait devenir le prolongement de mon propre langage. Je regardais le carnet. Je tournais lentement les pages, relisais mes écrits. Je respirais les mots, les expirais. Je caressais la couverture du carnet, ou du cahier. Cela était organique. Le salon devenait organiquement le lieu de cet instant organique. (…)

Peinture de Dame Laura Knight (1877-1970)

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