Décembre

Quand décembre arrivait, je n’aimais pas qu’il passe vite. La nuit tombait et toute la froidure m’enveloppait. Quand je rentrais du collège, je respirais à pleins poumons le froid et j’expirais tout doucement. Il me fallait voir s’envoler la chaleur de mon corps, la voir sortir de ma bouche tandis que je suivais un peu de ce qui était moi dans l’air glacé. Dès que cela devenait invisible, je recommençais et recommençais jusqu’à en rire. L’euphorie était telle que je ne pouvais plus m’arrêter. Le rire venait se jeter sur le trottoir et le froid engourdissait mes doigts. Alors je soufflais dessus pour les réchauffer. Je marchais et je dansais ivre de décembre que je voulais à tout prix retenir. Je lui disais : va doucement, ne file surtout pas. Il faut que je boive à chacune de tes gouttes, il faut que cette force puisse me saisir. Alors le froid se transformait comme par magie. Je courais dans tous les sens et tournais le dos au vent cinglant. Mes deux longues nattes étaient comme pétrifiées de froid. Je n’osais les toucher, elles, devenues étrangères, se déroulant sur mon manteau parme, lui-même presque aussi rigide que mes deux nattes. J’essayais de réchauffer mes mains bleuies en les glissant à l’intérieur de mes manches. Mais, en réalité, je n’avais d’autres alternatives que celle de courir, courir jusqu’à la maison.

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