Correspondances XLV

Très cher,

Il m’a été donné de n’être pas dépendante d’un monde, d’avoir pu m’en échapper, et c’est vrai que je n’ai pas connu la peur de ne plus rien avoir. Il s’agit d’une grande délivrance de ne point éprouver la crainte des lendemains. J’ai vécu durant de longues semaines avec seulement quelques sous. Je faisais le tour de la ville, et en rentrant, j’achetais un petit pain rond qui me durait des jours et des jours. Je mangeais aussi quelques fruits et de temps à autre, quelques cuillérées de riz. Il m’est parfois arrivé de surprendre un gros chat qui entrait dans la cuisine déserte et qui fouillait pour finalement ne trouver qu’une bien piètre pitance. La nuit tombée, j’allumais de l’encens et parcourais la maison. Je priais. Je n’avais ni internet, ni télévision, ni même la moindre radio. J’avais seulement quelques livres et presque aucune visite. Dans la journée, je m’installais sur la petite terrasse, près d’un immense arbre et j’entendais le même oiseau chanter. Peut-être s’agissait-il d’un chardonneret ? Chaque jour, tandis que j’écrivais sur un petit carnet, cet oiseau venait se poser sur la branche de l’arbre, m’obligeais à lever la tête et à le chercher. Il m’arrivait de lui parler. Je n’ai jamais pu le voir vraiment. Mais il était là et son chant nimbait mes journées de sa présence délicate.

Votre B.

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