Singe 猴子

Quand ce singe, quelque peu vieilli, parvint aux abords du Nil, il fut fatalement vaincu par la beauté, celle reflétée par les doux miroirs éclatés du fleuve. Il s’allongea parmi le fameux parchemin des roseaux circulaires et scruta, l’air un peu vague, le non moins vieux crocodile et le salua avec le geste lent de ceux qui se reconnaissent. Ce singe-là appartenait à une espèce en grande voie de disparition. Le clapotis ancestral des bords d’Assouan lui fit une élégante révérence. Il semble qu’ils reconnurent en lui quelqu’un de bien. Quant aux luxuriants palmiers, ils s’étonnèrent de sa présence, mais n’y prêtèrent guère plus d’attention. Le vieux singe opina de la tête et se résigna puis émit un long soupir, un soupir qui remontait à ses vénérables aïeux. Il avait parcouru le désert afin d’arriver en ce lieu magique. Il s’était contenté de peu et avait survécu à la faim et à la soif. En ce qui concernait les hommes, ceux-ci n’avaient pas vraiment changé. L’animal les observa un moment. Ils marchaient, comme flottant dans leurs vêtements couleur de sable. Un petit passereau s’approcha de lui et se lova tout contre sa poitrine. Le vieux singe s’endormit. Il se revit en rêve, alors qu’il était jeune, beau et facétieux. Quand il se réveilla, il se dit : dans le fond, j’ai vécu une vie de singe...

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