Solitude

La solitude n’est guère pesante, tout comme la compagnie des hommes ne l’est pas non plus. Néanmoins, c’est nous-mêmes qui pesons de tout notre poids émotionnel jusqu’à ce que nous comprenions enfin que la poussière de l’atome, semblable à une plume emportée par le vent, nous délivre de toutes choses. C’est notre ignorance qui devient manifestement pareille à l’énorme et lourde pierre jetée au fond des eaux, dans un bruit sourd, celui même de notre confuse mésentente. Quand le vent s’unifie à l’eau, le plissement est à peine perceptible et le souffle exhale soudainement le poids infime d’une plume. Très souvent, nous vivons cette fragilité, alors même que mille personnes nous accompagnent. La solitude est le froissement juste et léger qui nous fait sensiblement tourner la tête dans la bonne direction. C’est ce qu’il advint quand je finis par accepter, alors que celle-ci brisait mon indifférence par le lien indéfectible d’amour, que MM m’accompagne sur le chemin menant au lycée. Elle devint aussi légère que mon âme le pouvait souhaiter et nous marchions complices, tandis que je levais souvent les yeux et attrapais le vol d’un corbeau, ou celui d’un moineau, suspendue à cet inéluctable moment silencieux, traversée de douceur ineffable. L’amour de MM emplissait les cellules entières du matin nouveau, et le cœur s’épanchait de la délicatesse de notre accord rendu possible. Avons-nous besoin de nous retirer quand les âmes s’unissent, qu’un oiseau passe et nous de nous envoler ensemble sur les invincibles hauteurs ?

Peinture de Gregory Frank Harris

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