Résistance

Sur les hauteurs, le ciel bleu, étonnement bleu, d’une profondeur vertigineuse, d’une clarté limpide et solaire, vaste champ imprenable, couleur dont l’unité nous laisse irrémédiablement perplexe, acuité qui nous inonde de lumière vive et mes yeux épousent ce bleu, aspergé d’océan, dilatés par les esprits turquins et enjoués des vagues infinies. Puis, vient le vent léger caresser, d’une onde princière, le chêne. Allongée dans l’herbe d’un pré sauvage, où serions-nous le mieux ? Quelques pensées médiévales qui dévalent des rondes montagnes et le temps bascule. Nous avons oublié l’absurde, l’infâme absurdité d’un monde qui choisit de croire à l’absurde et qui se laisse manger le visage par l’absurde. Serons-nous des résistants face à ces moitiés de visages ?

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Les esprits

Tous les esprits peuvent se rencontrer, mais quelques-uns ressemblent indéfiniment à deux vagues qui dans un élan extatique, se touchent, du bout de leur blancheur écumée, comme se cherchant avidement, comme affamées l’une de l’autre dans le désert de leur solitude, s’entrechoquant, se fracassant même dans les flux de leurs improbables rencontres, mais transpirant suavement des flux de leur intime retrouvaille. Vagues, qui se mêlant dans le tumulte de leur aspiration, forment à elles-seules le bouillonnement d’un océan. Quels sont donc ces esprits vigoureux, inépuisables, ces esprits trempés dans les fleuves de leur intégrité, de facture semblable, et qui échappent à la rumeur du siècle ? Libres sont ces âmes qui s’élancent ensemble, sans jamais se disjoindre, dans les violences mêmes de leur nature irréductible, s’écartant sans le vouloir de toutes les dissociations et s’unissant dans la plus grande joie afin de s’élever dans l’ivresse de leur incandescence. Deux vagues échappées des sentiers battus. Deux vagues dansantes, ne bravant plus les dangers, ceux-ci même dissipés dans la puissance de leur union. Exaltation pure qui vit, comme ici, comme là-bas, sans faillir à sa réalité.

Les mots sillons

Les mots ont tracé un sillon dans les nuages, et ils ont fait de moi une danse, mais, ils sont venus aussi en rangs serrés comme des farandoles m’ôter toutes les illusions et ont forcé le sens de l’avoir pour creuser ma folie au burin de mon être, mais les mots boivent encore dans les semences de chaque seconde qui passe pour me voir disparaître en un sentier sur lequel mes pas, croches noires et croches blanches font des bonds, ici et puis là-bas, jouant sans cesse. Par l’essence de l’être, les mots m’ont frappée et j’ai répondu à leur rire par leur rire. Les mots sont les papillons de mon corps, puis, ils me surprennent comme un moment crucial et par les mots, je jette les ponts qui nous relient, car les mots parlent et aiment provoquer. Ils sont avant nous, mais ils sont aussi ce « nous » par lesquels ils se bousculent allégrement et appellent de toute leur force comme pour renverser nos points de vue. Puis, les mots me poursuivent et je gage que je n’en finirai jamais avec eux. Ils sont des tourbillons de joie, révérence sur révérence et je les écoute comme on écoute une douce voix.

La vie des mots

Si le cœur n’est pas le mot, alors le mot ne représente rien. Si la vie n’est pas l’acte, alors la vie n’est pas la vie. Combien de mots deviennent des flèches empoisonnées qui tuent l’instant frémissant ? Combien de barrières dont les frontières sont le sortilège des points ? Si le cœur n’embrase pas le corps, alors le corps n’est pas le corps. Si le corps n’épouse pas l’esprit, alors chaque chose glisse vers sa décrépitude, irrémédiablement. Si le souffle n’est pas allié au vent, alors celui-ci emporte tout sans distinction. Combien de comédies dans ces mots qui deviennent les pièges de l’inconscience ? Les mots nous cherchent doucement et nous saisissent par leur essence, ou ne nous saisissent jamais. Que deviennent-ils alors ? Où s’en vont-ils ? N’ont-ils jamais eu leur réalité ? Les mots m’ont hébétée.