Correspondances XXV

Cher,

J’aime ce temps timide qui nous parle dans la quiétude de nos moments. Les oiseaux sont déjà effervescents, comme accueillant un printemps précoce. La paix nous ne l’avons pas cherchée en tant que telle mais nous l’avons plutôt accueillie à chaque moment. Que sont devenus ces temps de silence que l’on goûtait avec cette défiance presque sauvage ? La force de notre amour a dépassé les frontières de la rébellion. J’avais cette pratique de la solitude déjà très tôt, la préférant aux babillages incessants, mais je ne boudais pas les moments de folies avec mes frères et sœurs. Nous étions cinq enfants, tous avec de notables et sensibles différences. Pourtant, ce qui nous unissait, c’était la force de nos propres parents. Une force liée entièrement à leur présence. En eux, tout était à s’unifier, en eux, tout était à se résorber. Les conflits dans les fratries sont communs, mais la présence du père et de la mère contribuent nettement à les diminuer, si ce n’est totalement à les dissoudre. Père est assurément fou de ses enfants. Nous sommes, sans conteste, sa joie de vivre. Aujourd’hui encore, il ne sait résister au désir de nous visiter, malgré la maladie ; il ne sait vivre sans nous effleurer de sa douce et bienveillante présence. Mère est certes une femme de caractère, mais qui a toujours été juste ce me semble. Seulement, que s’est-il passé pour effacer sa rigueur ? Aujourd’hui, elle est amour. Une lumière diaphane, diffuse jusque dans la carnation de sa peau, l’habite. Elle est d’une beauté époustouflante pour son âge. Sans fard, sans avoir jamais subie aucune intervention artificielle, elle est simplement resplendissante. Je vous disais tantôt que je n’avais jamais vécu ce que l’on nomme la crise de l’adolescence. Je ne comprenais pas à l’époque ce que cela pouvait réellement signifier, ni même pourquoi les psychologues en parlaient comme d’un passage obligé. Ne vous ai-je pas répondu alors que nous vivions cette crise à l’image même de nos dérèglements naturels ? Ainsi, tous, nous vivons cette ouverture qui nous donne aux questionnements existentiels, mais chacun de nous le vit selon ses dispositions propres, selon l’état de son psychisme. Même mon détachement durant mon adolescence s’est fait en douceur. Vous même m’avez évoqué cette période comme étant duelle, mais aussi comme étant une des plus profondes de votre vie. La violence ou non d’une rupture dépend assurément de notre aptitude à y faire face. Sans doute que durant l’adolescence, nous sommes à tailler au burin notre écorchure qui nous donnera à notre sincérité ou non. C’est pour cela que sans m’éloigner vraiment de la richesse de ces moments familiaux, je me suis écartée des miens afin de poursuivre la seule et réelle émancipation qui nous délivre de tout : celle de nous à nous.

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