Correspondances XVIII

Cher,

Nous ne venons pas au monde, nous sommes en lui depuis toujours et s’il est une ivresse, elle est en la vie elle-même. Vous n’avez opposé à notre discours commun – et je souligne commun – nulle argumentation, ni la moindre polémique. La réactivité caractérielle est devenue une légitimité qui n’a aucun sens de nos jours, puisque essentiellement impulsée par les émotions diverses et non pas par cette fluide sensibilité qui, à tort, s’est trouvée reléguée au même rang que les diverses submersions psychiques. Nous nous sommes d’emblée compris sur ce point. D’ailleurs, nous nous sommes laissés à cet espace nécessaire afin de nous accueillir. Il était hors de question de devenir un scénario de reconnaissances égotiques à n’en plus finir. Ni vous, ni moi ne pouvions nous y résoudre, ni même nous y enfermer. Bien évidemment, la justesse dérange. Qu’en serait-il des disharmonies consenties en musique ? Les déstructurations en tout genre reproduisent uniquement des limitations de vue. Nous avions cette maturité spirituelle de n’exclure rien, mais aussi de ne jamais nous réduire à nous-mêmes. Nous avons pris le temps. Ou plutôt, je devrais dire que nous avons laissé le hors-temps nous envelopper de la dimension du hors-temps. Vous m’avez enseigné, réactivé certains points et je vous ai écouté. Quand l’être ne se sent pas en danger, quand la rencontre ne procède d’aucune stratégie, quand l’instant est son seul lieu, il écoute en silence. Il écoute lentement et laisse agir ces dimensions puissantes du Vivant. Je vous avais évoqué cette extraordinaire histoire du disciple qui au pied de la montagne, avant de rejoindre le sage qui vivait en ermite tout là-haut, avait formulé une longue prière en demandant à Dieu de lui ôter toutes les connaissances qu’il avait acquises, sachant que ces connaissances étaient purement spéculatives. Nos rencontres sont en permanence de longues rencontres de non-connaissances. Nous ne savons rien, nous accueillons. Mais, ne m’avez-vous pas moult fois répété : il faut du temps pour ne rien savoir…

Bien à vous,

B.

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